Sous leTrone de Fer. Petites analyses littéraires

Sous leTrone de Fer. Petites analyses littéraires

La dernière danse (Sansa 7, ASOS, 4e partie)

 

 

ARTICLE EN COURS DE RÉCRITURE. SON CONTENU ACTUEL EST EN PARTIE OBSOLÈTE.

 

 

 

 

Quant à la reine, aussitôt de retour, elle alla s'asseoir devant son miroir et demanda :

 Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume

 Quelle est de toutes la plus belle?

 

 Et le miroir répondit encore comme avant :

 Dame la reine, ici vous êtes la plus belle

Mais Blanche-Neige sur les monts

Là-bas, chez les sept nains,
Est plus belle que vous, et mille fois au moins!

  Quand le miroir eut ainsi parlé, la reine trembla de rage et de fureur et s'écria :

 - Il faut que Blanche-Neige meure, même si je dois y laisser ma vie!

 (Le conte de Blanche-Neige, les Frères Grimm)

 

 Mais je serai bien reine ?

— Reine tu seras, jusqu'à ce qu'en survienne une autre, plus jeune et plus belle, pour te jeter à bas et s'emparer de tout ce qui te tient le plus chèrement au cœur.

(Cersei III, tome 4 A Feast for Crows)

 

 

 

 Cet article est le 4e et dernier de la série analysant le chapitre Sansa VII du tome 3 A Storm of Swords. Il fait immédiatement suite à l'article intitulé l’Ordalie.

 Nous en sommes restés au moment où une lady Lysa barralisée se lève de son siège pour descendre dans l'arène à son tour et défendre son titre, en l'occurrence son partenariat privilégié (voire exclusif) avec l'oiseau moqueur aka Petyr Baelish. C'est bien la revendication il est à moi qui déclenche le mouvement de la "méchante reine" : 

 

 "(...)Mais tu t’es trompée si tu te figures que les grands yeux et les sourires de catin te gagneront Petyr. Il est à moi." Elle se leva.

 

 Et voici que s'avancent dans la lice pour un combat à mort, Sansa Stark et Lysa Baelish, Tully par la naissance et veuve Arryn. Acclamons-les bien fort avant que l'une d'elles ne quitte l'arène les pieds devant !

 

 

 

- MORITURAE TE SALUTANT -

 

 "Celles qui vont mourir te saluent".

 C'est le moment de revenir sur cette histoire de barral, avant que le combat entre les deux championnes ne s'engage pleinement.

 Si je ne l'ai pas encore souligné, peut-être certains d'entre vous s'en seront fait la réflexion : les couleurs de Blanche-Neige portées par Alayne/Sansa (blanc, rouge, et cheveux noirs) sont également celles d'un barral, mais un barral aux branches couvertes de corbeaux noirs ("raven") au lieu des feuilles rouges, comme celui de Corneilla ("Raventree", 'Arbre-aux-corbeaux' en anglais), le château seigneurial des Nerbosc dans le Conflans. Un barral mort en voie de pétrification. Avec ses cheveux auburn, Lysa reste, quant à elle, dans les couleurs des barrals vivants, là où Sansa cache sa couleur naturelle auburn sous la teinture noire d'Alayne. Cela poursuit à mon sens la métaphore d'une Sansa ensevelie sous le manteau de la mort et représentée par "ce glaçon" d'Alayne, pour reprendre l'expression de Marillion. Noir sur rouge, rien ne bouge ! 

 Le motif inverse est également présent dans la saga, c'est-à-dire un barral dont le feuillage rouge dissimule à la vue des nuées de corbeaux ("raven") noirs qui n'hésitent pas à attaquer, comme on le voit lorsque Sam, Vère et son bébé cherchent à passer au sud du Mur et que des nuées d'oiseaux s'en prennent aux morts animés qui les traquaient.

 

Sam entendit les sombres feuilles rouges du barral bruire et s'entre-chuchoter des choses en une langue inconnue de lui. (...) Des corbeaux ! Ils se trouvaient dans l'arbre-coeur, perchés par centaines, par milliers, sur ses branches à la blancheur d'os, à épier entre les feuilles. Il vit leurs becs s'ouvrir pour crier, il vit se déployer leurs noires ailes. Il les vit, stridents et furieux, fondre en nuées battantes sur les créatures. 

(Sam III, tome 3 A Storm of Swords)

 

  Le barral, décrit au début du chapitre cité comme pourvu d'une bouche géante (garnie), se comporte comme une mère qui procurerait nourriture et abri à ses enfants, les oiseaux noirs, avant de se servir d'eux comme d'une arme. On commence alors à soupçonner que Lysa a elle aussi envoyé ce matin-là au jardin son Robinet Chéri en première ligne, afin qu'il s'interpose entre Sansa et Littlefinger, et revendique la demoiselle avec le château; à tout le moins, si elle ne l'a pas envoyé dehors, elle l'a laissé sortir dans la neige et le froid, "sans gants", en prenant le risque de la crise ou de la maladie, ce qui serait proprement incompréhensible de la part de cette mère protectrice à l'excès - dont on sait qu'elle a observé la scène - si l'enjeu n'était pas Petyr Baelish. 

 "Il est à moi".

 J'ai déjà assez longuement évoqué le petit Robert comme un petit oiseau dans un des articles précédents, je ne reviens donc pas dessus. Plus tard, ce n'est pas un garde quelconque, ni une servante, ni même le mestre, que Lysa a envoyé chercher Sansa pour la conduire à elle, mais son second oiseau favori, le chanteur Marillion, qui ne se prive pas de "chanter" la mort de sa proie. Le troisième oiseau (Littlefinger) ne surgit pas directement d'elle, mais par la "porte du seigneur" et sans qu'elle s'y attende, mais j'y reviendrai bien évidemment dans la suite de cette analyse. 

 De manière assez troublante, on remarque en outre que notre princesse réalise avec Lysa le cauchemar de Cersei : elle  est "plus jeune, plus belle" et lui ravit "tout ce qui lui est le plus cher", à savoir l'amour de Littlefinger, l'attention de Robinetchéri (le garçon se trouvera même en Sansa/Alayne une nouvelle maman), et enfin le désir de Marillion que Lysa s'emploie à nier exactement comme elle nie celui de Petyr :  

 

"(...) Tu te figures que tu peux t'offrir n'importe quel homme dont tu as envie, parce que tu es belle et jeune, hein ? Ne va pas te figurer que je n'ai pas vu les regards langoureux que tu jetais à Marillion... Je sais tout ce qui se passe aux Eyrié, ma petite dame. Et j'ai aussi rencontré ton espèce avant, figure-toi. Mais tu t'es trompée si tu te figures que tes grands yeux et les sourires de catin te gagneront Petyr. Il est à moi."

 

 Le pouvoir d'attraction de Sansa est cependant mortifère pour les bestioles qui la convoitent elle ou son château : le jeune Robert est terrassé et son doudou détruit, et Marillion subira une condamnation à mort; plus tôt déjà, le roi Joffrey (fils de la reine Cersei) était mort par un poison que Sansa portait dans sa coiffure, et ser Dontos avait aussi payé de sa vie sa participation à l'enlèvement de la princesse prisonnière.

 Rouge sur noir, désespoir.

 

 ~~

 

 Par ailleurs, le noir étant associé fortement à la bâtardise, on peut se demander si cette "reine mère barralisée" n'est justement pas la mère d'enfants bâtards, comme Cersei l'est de Joffrey, Myrcella et Tommen. Ça commence à faire beaucoup de bâtards dans cette histoire, mais Maggy-la-Grenouille n'en a-t-elle pas prophétisé seize venant du roi et trois venant de la reine ? On retrouve une histoire de seize bâtards à propos d'un certain ser Lucamore Fort, membre éminent de la Garde royale qui sera castré par ses frères d'armes puis envoyé au Mur pour cela; seize bâtards issus de trois femmes différentes, cette histoire évoquée par ser Arys du Rouvre dans le tome 4 A Feast for Crows reprend l'association seize et trois à propos d'enfants bâtards, ce qui peut soulever quelques interrogations sur ce qu'a réellement pu voir Maggy-la-Grenouille. D'autant plus que des Fort - famille éteinte du Conflans - ont tenu quelques années en fief le château d'Harrenhal (récemment attribué à Littlefinger), et que c'est sous ce nom de Fort (Robert Fort exactement) que réapparaît Gregor Clegane après sa mort par blessure empoisonnée et son passage entre les mains du mestre déchu Qyburn. J'ai longuement évoqué déjà l'idée de "force" dans le second article de cette analyse, alors qu'il s'agissait pour Sansa de renforcer son Winterfell de neige afin qu'il ne s'écroule pas, je ne développerai donc pas de nouveau ce thème ici, mais me contenterai d'y renvoyer.

 Notons qu'une autre version de l'histoire de ser Lucamore Fort, rapportée dans une chanson évoquée par ser Loras Tyrell, toujours dans le tome 4 A Feast for Crows, prétend que notre Garde blanc ardent aurait eu trente bâtards, et que ses femmes et enfants l'auraient émasculé, remède radical contre la prolifération des petits Fort. J'ai abordé le thème de la castration/stérilité dans la saga dans "Les promesses de l’Aube", un des articles sur les Autres, pour ceux d'entre vous qui souhaiteraient creuser un peu cette question.

 Mais ce qui permet de revenir à Sansa après ce petit détour, ce sont ses liens physiques et symboliques nombreux avec Harrenhal, dont voici les plus immédiatement visibles :

- sa grand-mère maternelle (mère de Catelyn et Lysa Tully) était une Whent, dernière famille à tenir Harrenhal avant la guerre des Cinq Rois (consécutive à la chute d'Eddard Stark) et son attribution à Littlefinger. Les chauve-souris sont le blason des Whent et la rumeur populaire rapporte que la nuit où le roi Joffrey a été empoisonné, Sansa s'est transformée en chauve-souris avant de s'envoler par la fenêtre.

- Arya, soeur de Sansa, a séjourné de longs mois à Harrenhal, incognito, avant de s'enfuir de là.

- Le texte associe par proximité immédiate une série de visions de la Naine de Noblecoeur qui parle de la mort d'un roi, de l'agonie fièvreuse d'une chèvre dans une salle du trône, d'une jouvencelle aux cheveux dégouttant de poison à un festin et de cette même Jouvencelle tuant un géant dans un château de neige :

 

"Which bloody king is dead, crone?" Lem demanded.

"The wet one. The kraken king, m'lords. I dreamt him dead and he died, and the iron squids now turn on one another. Oh, and Lord Hoster Tully's died too, but you know that, don't you? In the hall of kings, the goat sits alone and fevered as the great dog descends on him." 

(...)

"I dreamt a wolf howling in the rain, but no one heard his grief," the dwarf woman was saying. "I dreamt such a clangor I thought my head might burst, drums and horns and pipes and screams, but the saddest sound was the little bells. I dreamt of a maid at a feast with purple serpents in her hair, venom dripping from their fangs. And later I dreamt that maid again, slaying a savage giant in a castle built of snow." She turned her head sharply and smiled through the gloom, right at Arya. "You cannot hide from me, child. Come closer, now."

Cold fingers walked down Arya's neck.

 

 Nous avons déjà vu précédemment que la Jouvencelle s'accordait à Sansa, grâce au Winterfell de neige et à la poupée-géant du jeune Robert Arryn. De même, la chèvre fièvreuse correspond au chef mercenaire Varshé Hèvre qui à Harrenhal a tenté de violer Brienne - la Pucelle de Torth ("Maid of Tarth" en anglais). Cette dernière lui a arraché l'oreille d'un coup de dents, la blessure s'est infectée et ses mercenaires se sont progressivement débandés avant que Gregor Clegane ("the great dog", "le grand chien") ne vienne l'achever.

 Le plus grand intérêt de ces visions prophétiques ne réside pas tant dans le fait qu'elles prédisent effectivement une situation à venir, mais que plusieurs situations à venir ou déjà passées leur correspondent de manière plus ou moins littérale. Ni les lieux ni les personnes n'étant nommés, l'allégorie recouvre alors une dimension plus "universelle" : pour prendre un exemple concret, la "salle des rois" ("hall of kings") va pouvoir s'appliquer à d'autres lieux qu'Harrenhal pour peu qu'on retrouve plusieurs des autres thèmes associés, comme c'est le cas pour le manoir Craster, que Craster qualifie de "hall" précisément au moment où le corbeau de Mormont répète "roi" et où Craster déblatère sur Mance Rayder, roi d'Au-delà du Mur; Jon Snow étant en outre présent, une des interprétations veut que le mot "roi" s'applique à lui et que ce soit sa présence qui transfigure le "manoir" un "hall of kings" symbolique, ce qui fait de Craster une sorte d'usurpateur. Ses nombreuses femmes le rapprochent d'ailleurs de Robert Baratheon - l'Usurpateur - bien connu pour sa convoitise et son intempérance sexuelles. Craster étant décrit comme un bélier, nous voici avec notre caprin dans une salle de rois. Jon Snow est accompagné de son loup géant, et les loups des Stark étant à l'occasion comparés à des chiens monstrueux, nous avons là notre "great dog" de la vision, d'autant que le loup en question n'a pas traîné pour becqueter les lapins de Craster et effrayer une de ses filles-épouses enceinte. Alors bien sûr, Varshé Hèvre à Harrenhal correspond de manière littérale à la vision de la Naine, mais on voit comment GRRMartin procède, par réminiscenses qui se rapprochent plus ou moins d'un thème originel.

 Je pense qu'il en va de même avec la prophétie de Maggy-la-Grenouille : si elle s'applique bien à Cersei, Cersei elle-même pourrait n'être qu'une variation ou une redite d'une histoire déjà existante dans le passé. Nous n'avons d'ailleurs aucun moyen de vérifier si le roi Robert Baratheon a bien eu seize bâtards ou trente, et il me faut en déduire que ce nombre est issu du passé, et que Maggy la maegi l'a ressorti lors de sa rencontre avec Cersei parce que quelque chose chez Cersei et sa demoiselle de compagnie Melara lui ont "parlé". Une réminiscence de vision. En effet, en tant que maegi venue d'Essos, notre Maggy a touché à la "magie", et comme Mirri Maz Duur lors du rituel de "résurrection" de khal Drogo, a certainement eu affaire à des fantômes et ombres d'anciens morts lors de rituels qu'elle a elle-même pratiqués. A moins qu'elle ne lise dans les flammes comme Melisandre la prêtresse rouge. La Naine dormant parmi les souches et racines de barrals, son contact avec une mémoire ancienne est encore plus direct et ne nécessite pas de pratique magique.

 Nous retrouverons justement la figure du bélier plus loin dans le chapitre de Sansa que nous analysons ici. Mais pour l'heure, revenons à Cersei et Lysa, ces méchantes reines sorties du conte de Blanche-Neige.

 

 Si Cersei n'est jamais métaphorisée en barral aussi clairement que Lysa, on a cependant déjà relevé de nombreux parallèles entre elles, et j'évoquerai ici brièvement le chapitre du "Bal de la reine" : le "Bal de la reine" est une grande salle d'apparat du Donjon Rouge, moins prestigieuse que la salle du trône ou que la grande salle de la tour de la Main, mais où les reines consorts peuvent recevoir et donner des fêtes en "petit" comité ("petit" relativement aux autres salles où le faste et le pouvoir royal s'exhibent); la reine Cersei y a notamment présidé un festin donné pour les mères, les épouses et les filles de seigneurs et chevaliers engagés dans la bataille de la Néra, la nuit de la bataille. Elle y était vêtue entièrement de blanc (les joues rougissant au fur et à mesure du vin bu), et avait livré une joute symbolique contre Sansa - qui occupait la place d'honneur à ses côtés comme fiancée de Joffrey - la menaçant de mort avec le bourreau Ilyn Payne armé de l'épée Glace. Cersei avait cependant fini par quitter la place, laissant Sansa seule reine des lieux avant qu'elle ne les quitte à son tour pour s'enfermer dans sa chambre, en haut de sa tour, sur les conseils murmurés de Dontos, le chevalier déchu devenu bouffon et manipulé par Littlefinger.

 

"Que chacun se lève en l'honneur de Sa Grâce, Cersei Lannister, reine régente et Protectrice du Royaume !" proclama l'intendant royal.

 Aussi neigeuse que les manteaux de la Garde était la robe immaculée dans laquelle celle-ci fit son entrée. (...) Le blanc lui conférait un merveilleux air d'innocence, un air presque virginal, mais ses joues étaient comme piquetées d'infimes rougeurs. 

(Sansa V, tome 2 A Clash of Kings)

 

 Cersei ne porte pas une touche de bleu, mais le vert des émeraudes et de ses yeux s'avive et flamboie dans un parallélisme suivi avec le vert meurtrier du feu grégeois ("wildfire" - "feu sauvage", plus exactement) utilisé lors de la Bataille de la Néra. Le vert chez Cersei est un équivalent littéraire du bleu glacé des Autres, ne serait-ce que parce que comme le feu la glace "brûle", ou comme un bête fauve elle mort. Le feu grégeois étant principalement décrit par une abondance de métaphores animales - qu'on retrouve jusque dans son nom original - il concentre en lui deux des propriétés physiques de la glace. Toute la scène du Bal de la reine peut se lire comme la même scène qui oppose Sansa et Lysa, mais déplacée dans un lieu et un contexte différend, malgré que le fond du propos soit identique.

 La confrontation entre la vieille reine et la plus jeune - entre Blanche-Neige et sa marâtre - s'inscrit donc pleinement dans l'imagerie et la mythologie propres à la saga, avec deux championnes qui portent la marque des oiseaux/bêtes fauves, des barrals et des Autres. 

 Pour finir, à l'instar du barral d'au-delà du Mur dont j'ai parlé plus haut, Lysa est une mère nourricière : 

 

"Don't be afraid, my sweet baby," Lysa whispered. "Mother's here, nothing will hurt you." She opened her robe and drew out a pale, heavy breast, tipped with red. The boy grabbed for it eagerly, buried his face against her chest, and began to suck. 

(Catelyn VI, tome 1 A Game of Thrones)

 

 L'arbre de Corneilla, quant à lui, ne semble plus nourrir personne : il est mort et desséché. La métaphore de la mère nourricière est cependant bien présente et paraît même au centre de la trèèèèèès longue querelle qui oppose les Nerbosc ("Blackwood", "bois noir" en anglais) seigneurs de Corneilla, aux Bracken leurs voisins et concurrents. Une des terres disputées entre les deux familles, sont deux collines appelées les "mamelons de Barba (Bracken)" qui furent attribués aux Nerbosc lorsque le roi Aegon IV Targaryen délaissa sa maîtresse Bracken pour prendre une Nerbosc (par le plus grand des hasards, le fils né d'Aegon IV et Melissa Nerbosc n'est autre que Freuxsanglant, le vervoyant qui sert de mentor à Bran Stark dans sa grotte et que Bran considère comme la Corneille à Trois Yeux). D'autre part, les Nerbosc accusent les Bracken d'avoir empoisonné le barral et de l'avoir ainsi tué. Des poisons, il y en a de différentes sortes dans la saga : l'étrangleur, qui réduit au silence et coupe le souffle; les "larmes de Lys", qui est incolore, inodore et sans saveur et tue en prenant l'apparence d'une gastro-entérite; mais c'est une réflexion de Cersei, lors de nuit de la Bataille de la Nera qui pourrait nous mettre sur la voie de ce qu'a pu être cet empoisonnement :

 

"Everyone wants to be loved."

"I see flowering hasn't made you any brighter," said Cersei. "Sansa, permit me to share a bit of womanly wisdom with you on this very special day. Love is poison. A sweet poison, yes, but it will kill you all the same."

 

(Sansa IV, tome 2 A Clash of Kings)

 

 Cela signifie-t-il que dans le lointain passé, Nerbosc et Bracken aient pu être amants, concevoir des bâtards puis se déchirer ? Le couple aurait-il ressemblé au couple Cersei-Jaime ou plutôt Cersei-Lancel ? Je n'irai pas plus avant ici, parce que la question mérite son propre traitement. En tous les cas, comme nous allons le voir, Lysa a bien été empoisonnée par son amour pour Littlefinger. 

 

 

 suite en cours de révision

 

 - CONFESSIONS INTIMES -

 

"Ils ont tous essayé de me le dérober. Mon seigneur père, mon mari, ta mère..., Catelyn surtout."

 

C'est la mention de Catelyn, la soeur de Lysa qui sert de déclencheur à la longue confession de Lysa, comme si son fantôme exigeait la vérité qui lui avait échappé. De fait, le fantôme de Catelyn est symboliquement invoqué par sa fille en pensées : 

 

Ma mère est morte ! Elle avait envie de hurler. Elle était votre propre soeur, et elle est morte !

 

Et c'est aussi Catelyn que Lysa accuse maintenant, confondant le passé, le présent et les personnes dans un même mouvement : 

 

"(...) et Petyr a essayé d’embrasser ta mère, mais elle l’a repoussé. Elle se riait de lui ! Et lui, il avait l’air tellement blessé que j’ai cru que mon coeur allait éclater, et, après, il s’est mis à boire, mais à boire tellement qu’il a fini par s’effondrer, là, sur la table. Et Oncle Brynden l’a remporté bien vite dans son lit avant que Père ne puisse le voir dans cet état. Mais tu ne te rappelles rien de tout ça, si ?" Elle la foudroya du regard. "Si ?"

C’est qu’elle est ivre, ou qu’elle est folle ?

"Je n’étais pas encore née, madame.

- Tu n’étais pas encore née... Hé bien, moi, je l’étais déjà, alors ne prétends pas m’apprendre ce qui est vrai. Je sais ce qui est vrai. Tu l’as embrassé !"

 

Lysa est-elle totalement folle ou est-il possible de lire autre chose ici ? 

Dans un premier temps, nous apprenons que Petyr Baelish a menti à Sansa quand il lui a raconté que sa mère était amoureuse de lui dans sa jeunesse (Sansa V, tome 3 A Storm of Swords) : on s'en doutait déjà par les chapitres consacrés à Catelyn, mais nous en avons ici la confirmation. Et finalement, c'est ce qui est important pour le parcours de Sansa : celle-ci peut recueillir et conserver quelque part dans sa mémoire la preuve que Petyr Baelish est un menteur. Cependant, compte tenu de son état d'ébriété avancé, Petyr est peut-être sincère lorsqu'il prétend avoir défloré Catelyn; il murmurait son nom cette nuit en croyant réellement avoir affaire à elle - d'autant que Catelyn et Lysa se ressemblaient - sans doute une différence fondamentale avec Robert Baratheon murmurant "Lyanna" à Cersei la nuit de leurs noces. 

 

 Et d'autre part, nous retrouvons un autre effet kiss cool des barrals lié aux visions et prophéties : les barrals sont des arbres éternels. Leur perception du temps est donc fondamentalement différente de celle des hommes, comme l'explique le Vervoyant Brynden Rivers à Brandon Stark qui fait son apprentissage de vervoyant : 

 

Un barral vit à jamais si on le laisse en paix. Pour eux, les saisons s'écoulent en un battement d'ailes de papillon, et passé, présent et futur ne font qu'un. 

(Bran III, tome 5 A Dance with Dragons)

 

 Ainsi, Lysa confond naturellement Sansa et Catelyn, et elle n'a pas tort : à l'origine des deux situations, nous retrouvons un Petyr Baelish qui guigne Sansa/Catelyn, mais doit se rabattre sur la tante/soeur, avec des conséquences dramatiques pour cette dernière, simple marionnette aux mains de joueurs mieux entraînés qu'elle : mise enceinte par Petyr Baelish - qui se vengeait sans doute alors de ce qu'on lui avait refusé la main de Catelyn parce qu'il était de naissance trop basse - elle est contrainte d'avorter par son père, puis vendue contre une alliance armée à un vieillard qui aurait pu être son grand-père et à l'haleine fétide. Elle enchaîne les fausses couches et les accouchements d'enfants mort-nés avant d'avoir le petit Robert, malingre, et dont l'entourage doute de la survie possible (il ne servira même pas à caler les meubles). 

 La vie de Lysa Arryn est fondamentalement tragique : elle ressemble en un certain sens à ce qu'aurait pu être celle de Sansa : la belle princesse - loin d'épouser l'amour de sa vie ou le jeune et beau prince - épouse les nains, les monstres, les vieux, en bref, tous les tue-l'amour imaginables. Même une maternité heureuse lui est refusée. Non, ils ne vécurent pas heureux et n'eurent pas beaucoup d'enfants. 

 

Puisque nous sommes dans le parallèle avec Blanche-Neige, nous avons dans ces confessions une intéressante réécriture des scènes où la méchante reine demande à son miroir magique la vérité, avec plusieurs sens de lecture possibles qui se répondent : 

- Lysa demande la vérité au miroir-Sansa, celle qui est de son sang, la fille de sa soeur, et avec laquelle l'histoire passée se répète : le miroir lui répond l'insupportable vérité - qui sera confirmée dans les derniers mots qu'elle entendra de la bouche de Littlefinger, avant qu'il ne la pousse dans le vide - Catelyn a toujours été la seule aimée. Comme Sansa est celle qui est convoitée. Lysa n'est qu'une couverture, ou un marchepied pour atteindre une autre proie. 

- le bois de barral jouerait le rôle du support magique, et Lysa, comme miroir de la belle et jeune Sansa, serait la passeuse de vérité : elle lui raconterait ce qui pourrait l'attendre. Ce n'est plus la reine qui demande la vérité et l'obtient, mais la princesse qui voit dans le miroir son possible avenir. 

En substance, ce que reproche Lysa à Sansa, c'est ce qui inquiète la méchante reine du conte de Blanche-Neige : 

 

Tu te figures que tu peux t’offrir n’importe quel homme dont tu as envie, parce que tu es belle et jeune, hein ? Ne va pas te figurer que je n’ai pas vu les regards langoureux que tu jetais à Marillion... Je sais tout ce qui se passe aux Eyrié, ma petite dame. Et j’ai aussi rencontré ton espèce avant, figure-toi. Mais tu t’es trompée si tu te figures que les grands yeux et les sourires de catin te gagneront Petyr. Il est à moi.

 

Beauté et jeunesse d'une concurrente, c'est exactement ce qui inquiète la reine Cersei et la raison pour laquelle elle fait feu de tout bois pour faire tomber la jeune Margaery Tyrell - l'épouse de ses fils Joffrey puis Tommen. Même si pour Cersei et Lysa, "beauté et jeunesse" ne représentent pas la même chose : pour la première, ce sont ses instruments de pouvoir, ce par quoi elle revendique le statut de reine; pour la seconde, ils sont ce qui doit lui permettre de séduire son précieux Petyr.  

 

Dans tous les cas, la vérité est mortelle. A Lysa, elle coûtera la vie. Quant à Sansa, les chansons de chevaliers et de princesses qu'elle adorait lui seront insupportables, et son déménagement dans la Tour de la Vierge désormais sous la seule identité d'Alayne confirmera sa mort symbolique. 

 

 

- LE MONSTRE DERRIERE LA PORTE - 

 

 Mais nous n'en sommes pas encore là, et il nous faut passer à l'analyse de l'ordalie. Je ne souhaite pas appeler cet épisode un jugement, sauf à parler d'un jugement "divin", dont le verdict échappe donc à Lysa Arryn, malgré sa volonté d'être la seigneuresse qui prononce la sentence et l'applique. Dans le premier tome, Tyrion Lannister avait lui aussi échappé à la mort en demandant un jugement divin : un duel entre champions avait eu lieu, qui avait vu la victoire du champion de Tyrion. Celui-ci l'avait emporté en faisant basculer la statue de la reine légendaire Alyssa Arryn sur son adversaire. Sansa, en sortant dans le jardin enneigé, avait vu cette statue toujours à terre, ce qui peut s'interpréter comme un signe supplémentaire qu'elle est destinée à mettre à bas les vieilles reines. En outre, la légendaire Alyssa Arryn partage une caractéristique spécifique avec les vieilles reines : c'est une reine de l'hiver qui échoue à fertiliser le monde. Alyssa perd tous ses enfants et la cascade qui porte son nom (les "Larmes d'Alyssa") se dissout dans l'air avant que l'eau ne touche la terre. 

 

Lysa Arryn, toujours dans le rôle de la méchante reine qui condamne les innocents pour ses propres crimes, croit donc prononcer son verdict en demandant à Sansa d'aller ouvrir la Porte de la Lune, alors qu'elle en appelle là au jugement divin : c'est une lutte physique entre Lysa et Sansa qui s'engage dès le départ. 

 

Sans tenir le moindre compte de ses protestations, sa tante glapit : "Marillion ! J’ai besoin de toi, Marillion ! J’ai besoin de toi ! " (...)

"Madame ?

- Joue-nous une chanson. Joue Double jeu franc jeu."

(...)

Lady Lysa tira violemment sur le poignet de Sansa. Force étant ou de marcher ou de se laisser traîner, moindre mal parut de marcher.

 

Le combat au corps à corps se poursuit ensuite, où Lysa a le dessus parce qu'elle pèse plus lourd que sa nièce : une fois la Porte de la Lune ouverte, elle pousse Sansa vers le gouffre et l'oblige à regarder, elle plaque sa main dans son dos pour l'empêcher de reculer; Sansa se raccroche à ce qu'elle trouve sous sa main, comme l'épaisse natte de sa tante. 

 

Pendant ce temps, Marillion, voix de Lysa, joue sa musique, qui accuse Sansa de duplicité et doit couvrir partiellement les bruits de lutte. 

Il y a d'autres moments dans la saga, où la musique a servi à couvrir certaines actions ou paroles. Tout d'abord, dans le premier chapitre de Sansa du tome 3 A Storm of Swords (il est donc en ouverture du mouvement narratif de Sansa, dont le chapitre que nous étudions constitue la conclusion) : Sansa est invitée par les femmes Tyrell à partager leur dîner. La vieille Olenna Tyrell (grand-mère de Margaery qui vient de supplanter Sansa comme fiancée de Joffrey) essaye de faire parler son invitée de Joffrey. Elle a entendu parler de la folie du gamin et des mauvais traitements dont la petite Stark a fait l'objet, mais elle veut être certaine qu'ils n'étaient pas des mensonges. Elle fait donc chanter son fou à tue-tête, afin que les petits espions de Varys cachés dans les murs du Donjon Rouge (c'est une spécificité du Donjon Rouge d'être truffé d'étroits passages secrets à l'intérieur des murs, la volonté du second roi Targaryen, Maegor le Cruel) soient incapables d'entendre autre chose que la cacophonie. Sansa lâche alors la vérité, et se voit proposer le mariage avec le frère aîné de Margaery, l'héritier de Hautjardin - un beau mariage en vérité, à la restriction près que l'héritier en question est estropié. 

Ce qu'on ne sait pas encore, c'est que mamie Olenna mijote l'assassinat de Joffrey et l'implication possible de Sansa dans cet assassinat, si le mariage avec son petit-fils ne se fait finalement pas (et en effet, les Tyrell seront pris de vitesse par Tywin Lannister, qui mariera Sansa à Tyrion). La chanson couvre donc ici indirectement un crime, un régicide - "kingslaying" en version originale, qui permet le jeu de mots récurrent avec "kinslaying" (parricide). 

 

L'autre crime couvert par la musique arrive dans le même tome (A Storm of Swords), il s'agit des Noces Pourpres, au cours desquelles les Frey ont massacré le roi du Nord Robb Stark, sa mère Catelyn et ses hommes liges - sans oublier à l'extérieur du château le massacre d'une partie de son ost. Dans cette scène, c'est une véritable cacophonie accompagnée du martèlement des tambours qui a masqué les cris et bruits de bataille. C'est le Frey préposé à l'organisation et l'intendance qui avait réglé cette partie-là, qui faisait partie de la mise en scène. Le crime n'était pas seulement un "kingslaying", il était aussi un "kinslaying" puisque l'oncle du roi Robb était devenu l'époux d'une fille Frey; ainsi qu'un crime contre les droits de l'hôte, puisque perpétré à la fin d'un banquet où pain et sel avaient été partagés entre assassins et victimes. 

 

Aux Eyrié, Sansa est l'hôte de Lysa, et promise à son fils, le petit lord Arryn.  

 Sansa, justement, il est difficile de dire si elle est encore soutenue par la voix des loups, car cette voix a pris des allures furieuses et ne semble plus attendre que la prochaine victime :

 

 La porte était maintenue solidement fermée par trois lourdes barres de bronze, mais on entendait la bise en tourmenter les bords contre le chambranle.

 

On imagine aisément un monstre qui attendrait derrière avec impatience son repas, prêt à dévorer le premier bout de viande venu. On pourrait cependant hésiter avec une autre image : celle du loup protecteur qui devient enragé lorsqu'il s'agit de voler au secours de son "maître" - trait partagé par les loups Stark. D'ailleurs, lorsque Lysa force Sansa à ouvrir la porte, si son ouverture révèle le vide, ce vide est bien habité et métaphoriquement décrit comme une bête fauve qui se précipite à l'intérieur de la pièce en faisant voler la porte contre le mur dès que les barres ne la retiennent plus.

Cependant, cette bête fauve ne se jette pas sur le bourreau de son maître, mais sur la première proie à portée, témoin Sansa, luttant au bord du gouffre :

 

 Le vent lui releva les jupes et planta ses dents froides dans ses jambes nues. Elle sentait sur ses joues fondre les flocons.

 

Qui est cette bête ? Nous avons vu dans la partie précédente, et même un peu plus haut dans cette partie-là que le vent était associé à l'hiver et à l'esprit du loup. C'est toujours une possibilité à envisager : l'esprit du loup a été réveillé et révèle au fur et à mesure son impatience, on ne l'a pas fait venir pour rien, non plus ! Ce ne serait d'ailleurs pas la seule fois que la fureur et la colère seraient associées aux Stark : dans le tome 5 A Dance with Dragons, plusieurs chapitres se déroulent dans Winterfell envahi par les nouveaux maîtres du Nord, et centre d'une intense et très longue tempête de neige. L'auteur ne dit jamais explicitement que ce froid et cette tempête sont causés par les fantômes vindicatifs des Stark qui ne sont plus tenus en respect par la présence d'un Stark à Winterfell, mais il conserve l'ambiguïté et suggère que ça puisse être le cas. Les clans du Nord et Theon y croient, en tous les cas. Cette tempête contribue d'ailleurs à exacerber les tensions déjà très vives entre les différentes factions présentes à l'intérieur des murs, et pousse à la violence, faisant du séjour à Winterfell un lieu d'enfer où le sang est versé. 

 Dans le tome 1 A Game of Thrones, ce sont possiblement les ombres de Brandon Stark (le "loup furieux", frère aîné d'Eddard) et de son père Rickard Stark ("l'homme enflammé") qui ont répondu à l'appel de la Mage Mirri Maz Duur, lorsqu'elle a accompli son rituel pour rendre la vie à Khal Drogo mourant (Khal Drogo, l'époux de Daenerys Targaryen). Le rituel s'est achevé par la mort du bébé que portait Daenerys, une mort pour payer la vie. Il se peut donc que ce soit l'esprit de l'hiver, un loup furieux, qui attend son dîner de l'autre côté de la Porte de la Lune. 

 Cela pourrait également figurer une autre bête carnivore de la saga, une qui a des ailes : un dragon. Le Val d'Arryn avait d'ailleurs été soumis par la soeur d'Aegon le Conquérant qui était venue avec son dragon se poser au milieu de la cour des Eyrie et avait emmené le très jeune héritier du Val faire une promenade à dos de dragon. Un risque mortel qui avait parfaitement été compris. Pour appuyer la pertinence de cette hypothèse, on se rappellera que Catelyn Tully, mère de Sansa et soeur de Lysa, a pour mère une Whent, famille régnante d'Harrenhal à laquelle les chauve-souris servent de blason, et qui ont des liens marqués avec les dragons Targaryen. Sansa, ainsi que Bran, sont tous les deux vus à certaines occasions comme des loups aîlés. En outre, le vent est associé plus d'une fois aux dragons dans l'arc narratif de Daenerys.

 

 Cependant, il se pourrait qu'il s'agisse de la métaphore d'un bélier - la version adulte, féroce et déchaînée de l'agneau : la porte qui s'ouvre brutalement sous la poussée le suggère, puisque le "bélier" est également un engin de siège à cause des puissants coups de boutoir qu'on donne avec; le mot est le même en anglais aussi, il s'agit de "ram", qu'on retrouve d'ailleurs dans Ramsay Snow, le monstrueux bâtard de Roose Bolton, qui épouse une fausse Arya Stark devant l'arbre-coeur de Winterfell. On rencontre en outre dans le second tome A Clash of Kings une figure de bélier dans le personnage de Craster, l'horrible patriarche incestueux qui vit au-delà du Mur avec toutes ses filles-femmes et offre ses fils en sacrifice à la forêt hantée. Certains racontent même qu'il mange ses enfants, comparés à plusieurs reprises à des agneaux, et une hypothèse (que je développerai dans un article consacré au personnage) lui attribue un véritable cannibalisme : il tuerait et mangerait les patrouilleurs de la Garde de Nuit qui viendraient trouver refuge chez lui pendant leurs patrouilles. Le bélier fait partie des "scapegoat", c'est-à-dire des personnages "bouc émissaires".

 Il nous faut alors considérer deux hypothèses liées au bélier : d'abord d'un "bélier" Stark du passé - un bâtard Stark - qui aurait été sacrifié au barral de Winterfell pour un crime qu'il n'aurait pas commis, et dont l'ombre inapaisée chercherait à se venger de tous les Stark. Peut-être même ce "bâtard antique" désirait-il une jouvencelle convoitée (et obtenue) par les Stark "légitimes". Le vent est d'ailleurs chargé de neige, "snow", et le nom de bâtardise dans le nord est justement "Snow". Cela expliquerait ici pourquoi Sansa - habillée en laine d'agneau - manque de se faire dévorer par lui : il ne s'agirait pas du tout d'un loup protecteur, mais de l'expression sauvage du "bâtard" qui viendrait chercher son "épouse" ou sa "victime", selon ce qu'on préfère (ici, je ne souhaite pas présumer de la relation entre la Jouvencelle et le Bâtard : le schéma est celui d'une femme interdite pour lui, mais ça ne dit pas si les deux s'aimaient, ou si la Jouvencelle était la proie du Bâtard).

 La seconde hypothèse est plus troublante - parce que bouleversant un peu l'idée que nous nous faisons des Stark - mais plus cohérente avec le récit, ce "bélier" furieux serait l'expression des Stark eux-même, c'est-à-dire du prince de Winterfell - fils de la reine - qui aurait revendiqué pour lui la Jouvencelle alors qu'à l'instar de Joffrey Baratheon, il était lui-même un bâtard secret. De fait, lorsque Ramsay Snow (légitimé en Bolton) se marie à Winterfell, il se proclame "vrai seigneur de Winterfell" alors que son titre n'est que le résultat d'une tricherie et d'une usurpation, et nous apprenons par la suite que sa malheureuse épouse porte des traces de morsures sur tout le corps. En outre, Ramsay a besoin pour légitimer son appropriation aux yeux des vassaux du nord du mariage avec une Stark. Dans la scène aux Eyrié, Lysa (re)jouerait donc probablement une autre scène, celle d'une Jouvencelle (fille d'un roi) jetée en pâture à sa progéniture bâtarde pour lui garantir une légitimité.

 Cependant, le résultat pour Sansa est qu'elle serait issue d'une lignée bâtarde et aurait bien du "sang de bélier et d'agneau" dans les veines.  C'est d'ailleurs de la peau d'agneau qu'elle porte comme vêtement. Et pour confirmer ces noces avec la bête, la perte de sa chaussure par Sansa peut être interprétée comme une allusion à une chanson de mariage propre à la saga, et qu'on chante pour le coucher des époux :

 

"La reine ôta sa sandale et le roi sa couronne"   

 

 

 Je n'ai pas évoqué le faucon des Arryn, parce que la description du vent ici n'évoque précisément pas un oiseau - fût-il de proie - mais bien un fauve proprement terrestre. La métaphore avec les faucons Arryn n'est pas absente de ces chapitres de Sansa aux Eyrié, mais elle évoque une autre facette de sa problématique. Dans ce chapitre de confrontation avec Lysa, il était justement particulièrement intéressant de constater que les oiseaux de proies n'étaient pas du tout là où il aurait été naturel de les attendre.  

  

 

 Enfin, je suis tentée de faire un autre parallèle avec les aventures de Tyrion Lannister (décidément, beaucoup d'épreuves rapprochent la princesse et le nain !) : dans A Dance with Dragons, Tyrion et la naine Sol doivent donner un spectacle de joutes bouffonnes dans les arènes de Meereen, à l'occasion du mariage de Daenerys Targaryen avec un noble Meereenien. Ils n'ont cependant pas été prévenus de la fin du spectacle : il est prévu de lâcher les lions affamés sur eux. Daenerys s'y oppose à la dernière minute et sauve ainsi le couple de nains - tout en ignorant leur identité - avant que le dragon Drogon ne vienne carrément mettre fin aux jeux du cirque. Il se trouve que le lion est l'animal "d'identité" des Lannister. Etonnant, non ? 

 

 

- CIEL MON MARI ! - 

 

 

 Tyrion sauvé par Daenerys ? Voici que par "l'entrée du seigneur", et non pas par les grandes portes qui ont été barrées de l'intérieur par Marillion, arrive Petyr Baelish qui va mettre fin à la lutte des championnes.

 

 

 Elle [Sansa] flageola, battit l’air et, rencontrant la lourde natte auburn de sa tante, s’y agrippa désespérément. "Mes cheveux ! glapit lady Lysa. Lâche mes cheveux !" Elle tremblait, hoquetait. Elles vacillèrent sur le bord. De très très loin lui parvint le martèlement des piques contre la porte et les appels des gardes sommant qu’on les laisse entrer. Marillion cessa brusquement de chanter.

"Lysa ! Que signifie ceci ?" Le cri fusa comme une lame au travers des hoquets, des halètements. La grande salle répercuta l’écho de pas précipités. "En arrière ! Lysa ! Que faites-vous-là ?" Les gardes n’arrêtaient pas de battre la porte. Littlefinger était arrivé par l’arrière, empruntant l’entrée du seigneur, derrière l’estrade.
En se retournant, Lysa desserra suffisamment l’étreinte pour que Sansa réussisse à se libérer. Elle s’affaissa sur les genoux, et c’est dans cette posture que la découvrit Petyr. Il se pétrifia. "Alayne. Qu’y a-t-il ?"

 

 Littlefinger est intervenu presque de la même manière qu'il est entré dans le Winterfell de neige : en maître et sans permission. Mais cette fois-ci, en tant qu'époux de Lysa Arryn, il a toute légitimité à le faire et c'est là qu'est la différence : son rôle est alors en miroir de celui occupé dans la première partie du chapitre par le petit lord Robert Arryn. Ce qui prouve dans les faits que notre "vieille reine" ne peut plus prétendre au tombeau de la princesse endormie qui attend que son prince vienne la réveiller. S'il était besoin d'une preuve supplémentaire, GRRMartin la nomme même Lysa Baelish.

 L'entrée de Petyr Baelish est donc celle du seigneur armé de sa parole tranchante, comme une épée de justice, de même que Robert arrivait avec sa poupée de chiffon et frappait le château de neige de sa "masse de justice" (un antique roi du Conflans porte d'ailleurs le surnom de "masse de justice", et Lysa est fille du suzerain du Conflans). On peut également prolonger le parallèle jusqu'à Eddard Stark, le père de Sansa, qui rendait la justice avec son épée tranchante, Glace. Ici, Petyr "coupe" (le texte en anglais utilise le terme "cut" pour décrire son premier éclat de voix) littéralement la lutte en coupant le sifflet de Marillion. Suite logique si la musique cesse : le crime ne peut plus être caché et Lysa doit cesser, en même temps que rendre au seigneur l'exercice légitime de la justice. 

 Lorsque Sansa édifiait son château de neige, l'intervention de Littlefinger avait permis l'achèvement du château/tombeau protecteur. Il arrive donc là encore à son secours, mais cette fois en prenant la place du troisième personnage venant interrompre le corps à corps périlleux du duo initial. 

Sansa est de nouveau agenouillée, dans la position de la prière : est-ce pour apaiser la bête féroce qui attendait de l'autre côté de la porte ? On peut en tous les cas remarquer que le rôle de Littlefinger est plus ambigu que l'autorité seigneuriale qui vient s'interposer pour faire cesser une ordalie; en vérité, son action d'apaisement de Lysa est symétrique à celle de Sansa qui tente d'apaiser son propre affolement et peut-être aussi par là la fureur de "l'esprit du fauve" matérialisée par le vent tempétueux et chargé de neige. 

 

Il fit un pas vers elles. "Laisse-la se relever, maintenant. Laisse-la s’éloigner de la porte.

- NON !" Elle administra une nouvelle saccade aux cheveux de Sansa. Les rafales de neige qui tourbillonnaient autour d’elles faisaient sèchement claquer leurs jupes.

 

 Cette symétrie fait du couple Littlefinger-Sansa le véritable couple de cette scène, Petyr-Lysa n'étant qu'un mensonge, ce que Lysa sent très bien, d'où sa résistance première et instinctive lorsque Littlefinger lui demande de lâcher sa proie... et de s'en remettre à lui. En effet, Petyr Baelish usurpe lui-même la place d'Eddard Stark - le père protecteur - en faisant jouer à Sansa le rôle d'Alayne Stone, sa fille bâtarde; et dans le même temps c'est Sansa, une nouvelle Catelyn Tully, qu'il convoite. 

 

 En pénétrant sur le ring, Littlefinger a aussi mis le pied dans la zone sacrée, ce qui est marqué par la réaction des deux femmes qui le prennent pour la divinité-arbitre de leur querelle : ainsi, la position à genoux de Sansa et les larmes qu'elle lui montre peuvent tout aussi bien s'adresser à lui qu'à la bête furieuse qui attend à la Porte de la Lune; si Lysa ne se met pas à genoux, sa réaction est également aux larmes et aux paroles de supplication avec le rappel des sacrifices consentis à la divinité :

 

"Tu ne peux pas avoir envie d’elle. Tu ne peux pas. Ce n’est qu’une petite fille idiote et sans cervelle. Elle ne t’aime pas comme je t’ai aimé. Je t’aime depuis toujours, moi. Je te l’ai prouvé, non ?" Des larmes roulaient sur sa figure rouge et bouffie. "Je t’ai donné mon étrenne de vierge. Je t’aurais aussi donné un fils, mais ils me l’ont assassiné (...). Cat ne t’a jamais rien donné."

 

 Devenu un dieu vivant, Littlefinger est contraint de dévoiler son vrai visage. Cela commence lorsqu'il nomme Sansa par son vrai nom - Sansa - au lieu de continuer à l'appeler Alayne; cela se poursuit quand il laisse Lysa rebondir sur la demande qu'il lui fait de retenir ses larmes : Lysa scande alors "larmes", trois fois (attention, ça veut dire que c'est une incantation magique !), et raconte qu'elle a versé le poison "larmes de Lys" à son vieil époux à l'instigation de Littlefinger; elle ajoute que toujours à l'instigation de son bien-aimé, elle a écrit à sa soeur Catelyn pour accuser les Lannister du meurtre. Cela s'achève quand il retourne sa vérité à Lysa et rend son "jugement divin" :

 

- Maintenant, lâche la petite, et viens me donner un baiser." Elle se jeta dans les bras de Littlefinger, plus sanglotante que jamais.

Pendant que tous deux s’étreignaient, Sansa s’écarta à quatre pattes de la porte de la Lune et enlaça de ses bras le premier pilier venu. Les battements de son coeur l’étouffaient. Elle avait les cheveux pleins de neige, et il lui manquait sa chaussure droite. Elle a dû tomber... Traversée d’un frisson, elle enserra le pilier encore plus étroitement. Littlefinger laissa Lysa hoqueter contre sa poitrine un petit moment, puis il lui prit les bras et l’embrassa du bout des lèvres.

"Ma bécasse de jalouse femme chérie, dit-il avec un gloussement. Je n’ai jamais aimé qu’une femme au monde, tu as ma parole."

Lysa Baelish tremblota un sourire. "Qu’une au monde ? Oh, Petyr, tu le jures ? Qu’une au monde ?

- Cat."

Et il la repoussa d’une vigoureuse saccade. Elle trébucha à reculons, ses pieds glissèrent sur le marbre humide, et voilà qu’elle n’était plus là. Sans même avoir eu le temps de pousser un cri. Une éternité s’écoula sans qu’on entendît autre chose que le bruit du vent. 

 

 "Jugement divin" entre guillemets, car au moment où Petyr pousse Lysa par la Porte de la Lune, Sansa est déjà sauvée et ne craint plus rien dans l'immédiat. La lutte entre les deux femmes a cessé puisque Petyr l'a déjà interrompue et rendu ainsi la justice du seigneur. Nous pouvons reconnaître là une manière de procéder de Littlefinger, d'usurper l'exercice de la justice à son profit, sans pour autant se salir les mains, puisque le corps de Lysa semble se dissoudre dans l'air, une fois happé : le silence la remplace. 

 

 

 "J’adore le jus, mais je déteste les doigts poisseux, gémit-il en s’essuyant les mains. Mains nettes, Sansa. Quoi que vous fassiez, arrangez-vous pour avoir toujours les mains nettes."

(Petyr Baelish à Sansa, in chap. Sansa VI, tome 3 A Storm of Swords)

 

 La mort d'Eddard Stark portait elle aussi sa marque : le texte suggère fortement que - secondé par sa créature Janos Slynt (le commandant du guet royal de Port Real) - il avait conseillé au roi Joffrey de condamner Eddard malgré la décision de Cersei Lannister et du reste du conseil de l'envoyer finir noblement ses jours au Mur.  

 

 

 Enfin, pendant que Lysa étreint son dieu-époux, Sansa étreint un pilier et pense à la chaussure qu'elle a perdue... comme Cendrillon : en effet, l'heure de la fin du bal royal a sonné et la princesse a échappé à la noce qui lui était imposée. Elle a échappé au tragique destin d'une reine. Lysa est expulsée de la scène, ainsi que Sansa Stark qui n'a plus d'autre choix que de laisser Alayne Stone occuper le devant de la scène. Cependant, si Sansa Stark connait à présent le secret de Littlefinger, Alayne Stone est la complice et la nouvelle prima donna de celui-ci, qui conclut le chapitre en ré-écrivant l'histoire et en lui dictant son rôle :

 

 A la porte, les gardes gueulaient, martelant le bois avec la hampe de leurs grosses piques. Lord Petyr releva Sansa. "Vous n’êtes pas blessée ?" La voyant secouer la tête, il reprit : "Alors, courez ouvrir à mes gardes. Vite, il n’y a pas de temps à perdre. Ce baladin vient d’assassiner dame mon épouse."

   

Le "baladin" est Marillion, qui jouait le seigneur auprès de Lysa : on apprendra d'ailleurs que celle-ci lui avait offert des bijoux et objets précieux appartenant à son premier époux Jon Arryn, le seigneur suzerain du Val.

Littlefinger le renvoie brutalement à sa condition de marionnette dans sa propre composition : dans la réalité de Littlefinger, Marillion - éperdument amoureux de Lysa et jaloux - a tué sa dame dans un accès de dépit, sous les yeux bouleversés d'Alayne Stone, qu'il méditait sans doute de jeter dans le vide elle aussi. C'est la version qui sera servie aux vassaux du Val d'Arryn, et que Marillion confirmera par ses aveux, lorsqu'il faudra enquêter sur la mort de Lysa. Marillion est si détesté que tout le monde s'empressera de le croire sincèrement coupable, et pas entièrement à tort, car nous retrouvons là toute l'ironie de GRRMartin : Marillion est bien un personnage dénué de scrupules, qui était prêt à participer au meurtre d'Alayne Stone parce qu'elle l'avait rebuté, mais il devient le coupable idéal pour expliquer la mort de la seule personne qu'il n'avait aucun intérêt à tuer.

 

 

 - CONCLUSION - 

 

 

 Les "dieux" ont eu leur victime expiatoire, la malheureuse et criminelle Lysa Arryn, dont la chute s'est révélée à l'image de la cascade les Larmes d'Alyssa : cette cascade est si haute que l'eau s'évapore avant d'avoir touché la terre. Une légende y est d'ailleurs liée, racontée dans un chapitre de Catelyn, dans le premier tome A Game of Thrones : ce sont les larmes de l'antique reine Alyssa Arryn - celle dont la statue a été renversée dans le jardin - qui n'en avait pas versé pour son père, son mari et ses fils morts, et qui avait été condamnée par les dieux à pleurer sans trêve jusqu'à ce que ses larmes arrosent le Val. Alyssa ne symbolise pas seulement une vieille reine vaincue, mais une reine de l'hiver infertile, une ancienne jouvencelle contrainte au mariage et à l'enfantement et qui n'a jamais porté le deuil des hommes qui lui ont été imposés, l'ont manipulée pour leur profit et l'ont réellement et symboliquement violée.  

 Cette Alyssa est aussi une métaphore de Catelyn Stark, qui s'était empêchée de pleurer son époux, ses fils et son père, tant que son fils aîné était en guerre et qu'elle n'avait pas retrouvé ses filles. Son meurtre aux Noces Pourpres a empêché le deuil d'avoir lieu et de suivre son cours normal; de la même façon, les questions qu'elle se posait et qui l'avaient poussée à agir - notamment en enlevant Tyrion Lannister et en l'amenant aux Eyrié, ce qui avait déclenché les hostilités armées entre Lannister, Tully et Stark - restaient sans réponses.

 

 L'histoire d'Alyssa Arryn raconterait-elle l'histoire d'une vieille reine Stark dont Catelyn rejouerait au présent la partition ? 

 En tous les cas, c'est aux Eyrié et à sa fille Sansa Stark que ces réponses ont été données, au regard des dieux. 

 

 Si la perte de sa chaussure ramène la princesse au rôle de Cendrillon, rappelons-nous que dans le conte, la seconde chaussure reste en secret entre les mains de la princesse (comme preuve qu'elle en est une), et n'attend plus que de réapparaître au moment du véritable jugement. La "reine" n'a ôté qu'une seule sandale, et le mariage n'a donc pas été véritablement consommé et elle n'est pas reine pleinement. Sansa a échappé au petit Robert Arryn et au destin des antiques reines... pour le moment. 

 Blanche-Neige/Sansa est enterrée, tandis que Cendrillon/Alayne va tenir la maisonnée en ordre en parfaite ménagère.  

 Réalisant à la lettre la prophétie faite à Cersei que j'ai citée en ouverture de l'article, Lysa, la méchante reine du chapitre, perd son précieux Petyr au profit de Sansa, et est jetée à bas littéralement puisqu'elle tombe dans le gouffre, comme un retour au néant : la saga est curieusement muette sur ses funérailles. Dans ses chapitres suivants, Sansa/Alayne fera effectivement régulièrement allusion à la mort de Lysa - qui fera même l'objet d'une enquête et d'une condamnation (celle de Marillion) - mais jamais à une quelconque cérémonie en son honneur. Les vassaux du Val sont pareillement muets à ce sujet. J'y verrai le signe que Lysa n'était pas la véritable reine du conte de Blanche-Neige, mais un de ses avatars en trompe-l'oeil, et que l'affrontement qui a eu lieu aux Eyrié n'était qu'une répétition générale d'un affrontement qui aura immanquablement lieu plus tard, tout en ayant consacré les funérailles de Blanche-Neige. Mais c'est également le signe que les comptes entre Littlefinger et les femmes Tully ne sont pas soldés : d'une manière ou d'une autre, on reverra Lysa, pas nécessairement comme on a déjà revu Catelyn sous sa forme cadavérique "revenue d'entre les morts". Possiblement à travers son fils Robert Arryn, celui qui n'avait de cesse de réclamer à sa mère de "faire voler" les gens qui lui déplaisaient. 

 

 Enfin, ce chapitre qui conclut le premier ensemble narratif de la saga - celui qui s'est ouvert à Winterfell avec la nouvelle de la mort de Jon Arryn et l'arrivée du roi Robert Baratheon - nous parle probablement de la lourde malédiction qui pèse sur les loups Stark, et au finale, la "méchante reine" que Sansa devrait tuer pour se libérer ne serait pas davantage Cersei que Lysa, mais bien un "démon intérieur" Stark, une ancienne reine qui aurait activement participé à un crime, ou tout au moins à le cacher pour protéger quelqu'un de particulièrement cher - un fils ? Dans cette perspective, il faut considérer Sansa, Cersei et Lysa comme autant de variations sur un thème originel qui n'a pas encore été totalement dévoilé. 

 

 

 

 On a donc vu dans cette longue étude du dernier chapitre de Sansa dans le tome 3 A Storm of Swords comment GRRMartin reprend les schémas du conte de Blanche-Neige et les applique à l'histoire de Sansa Stark pour en tirer une histoire différente, avec un sens différent, puisque la cohérence interne du récit global est primordiale. Les références sont avant tout des clins d'yeux au lecteur afin qu'il ne soit pas trop perdu dans cette oeuvre énorme, et qu'il puisse prendre assez de distance pour appréhender une trame dans sa globalité, voire l'anticiper. Cela fait partie du jeu.

 Sansa Stark n'est d'ailleurs pas la seule Blanche-Neige de la saga. Jon Snow lui est aussi explicitement comparé, et ce dès le premier tome, dans une vision de Bran le Brisé, pendant son coma : 

 

Vers le nord enfin, tel un cristal bleu, chatoyait le Mur. Solitaire y dormait sur un lit glacé son frère Jon, le bâtard, plus pâle et plus rude au fur et à mesure que l'abandonnait tout souvenir des chaleurs anciennes.

(Bran III, tome 1 A Game of Thrones)

 

 Et dans le tome 5 A Dance with Dragons, un des conjurés qui participe à son assassinat (et est peut-être le chef du complot) est Bowen Marsh, surnommé la "Vieille Pomme granate". On retrouvera la "pomme granate" sur le parcours de Sansa, mais je l'évoquerai dans l'article qui étudiera le personnage de la méchante reine. 

 

 Les articles suivants s'intéresseront donc à la trame narrative globale de Sansa et à la distribution des différents rôles à l'intérieur de cette trame, et nous verrons ce qu'il y a à en tirer. 



11/06/2016
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