Sous leTrone de Fer. Petites analyses littéraires

Sous leTrone de Fer. Petites analyses littéraires

Le bal des prétendants (Sansa 7 ASOS, 2e partie)

 

 

 

Le début est ICI ! À lire pour comprendre ce que je raconte sur cette page !

 

 

 

 

- "VIENS DANS MON CHÂTEAU" -

 

 "Viens dans mon château" est un jeu pratiqué par les enfants de familles fieffées ou aisées qui leur permet d'apprendre les noms et blasons de différents lignages. Il associe le château au lignage, à un sang particulier, et entrer dans celui de la princesse équivaut à la fondation d'un nouveau lignage ou à l'appropriation du "sang" porté par cette princesse. La légende de Lann le Futé - ancêtre légendaire des Lannister - illustre parfaitement ce fait dans une de ses variantes racontée dans The World of Ice and Fire, une encyclopédie du monde et de l'histoire de Westeros écrite par un mestre de Villevieille pour l'éducation du jeune roi Tommen Baratheon (l'auteur est GRRMartin qui s'essaye là au genre "fake history" - "histoire fictive"). Lann se serait introduit dans la forteresse des Castral (Castral Roc), aurait couché avec les filles du roi, avant de s'approprier Castral Roc et de fonder la dynastie des Lannister. Dans le tome 1 A Game of Thrones, une autre légende citée rapporte cette fois que la blondeur dorée des Lannister ne viendrait pas des Castral mais du fait que Lann aurait volé des rayons au soleil; "soleil de mes jours" et "lune de mes nuits" est le couple formé par le khal Drogo et Daenerys, ce qui par extension pourrait laisser penser que Lann a volé le "pouvoir" d'un "prince promis" à une princesse, et qu'il a ensuite épousé la princesse en question. 

 On retrouve le schéma de l'homme rusé qui capte une princesse à l'intérieur de son propre château et "fonde" une dynastie dans l'histoire de Baël le Barde : Baël avait relevé un défi du roi Stark (un certain Brandon père d'un seul enfant, une fille), s'introduisant dans Winterfell sous un faux nom - Sigerryk "le trompeur"- et y chantant toute la soirée pour le roi. Le roi charmé lui avait offert la "plus belle rose de ses serres chaudes", Baël avait enlevé la princesse, était resté caché avec elle dans les cryptes jusqu'à ce qu'elle réapparaisse avec un fils... que le roi malade avait alors reconnu pour son héritier. On retrouvera la serre chaude avec Sansa. 

 Baël est un chanteur et avec le faux nom qu'il se choisit, il se place du côté des oiseaux menteurs. Lann est surnommé le "futé" ("clever") et c'est précisément le mot que choisit Bariol dans sa première apparition, pour qualifier un grand corbeau blanc, un homme et un fou : 

 

 "Oiseau futé, homme futé, fou futé, futé, fit écho le carillon discordant de Bariol. Oh, fou futé, futé, futé." Il se mit à chanter. "Les ombres entrent, messire, dans la danse, danse messire, messire danse (...)"

 (Prologue, tome 2 A Clash of Kings)

 

Oiseau, homme et fou sont ainsi associés pour leur astuce. Ce sera le cas dans la saga à propos de Mance Rayder (qui se déguisera d'ailleurs en Abel le barde pour s'infiltrer incognito dans Winterfell et enlever aux Bolton la fausse Arya Stark), mais aussi de Jon Snow et de son loup, également associés à des figures de voleur et aux barrals (le loup Fantôme est blanc avec les yeux rouges, couleurs des barrals, et qualifié de "clever" par Edd-la-Douleur). 

 À la fin du chapitre de Sansa que nous analysons, Littlefinger sera qualifié de "clever" par Lysa. Pour enlever Sansa, Il s'est en outre servi du chevalier déchu Dontos (devenu fou officiel à la cour de Joffrey en échange de la vie sauve), qui jouait à Florian le Fol amoureux de sa Jonquil pour mieux être écouté de la jeune fille férue de chansons et contes. Florian et Jonquil sont deux personnages d'une chanson de geste tragique très populaire en Westeros, dont GRRMartin n'a pas détaillé le contenu.

 Nous avons donc, en plus du bâtard sacrifié et de la princesse, le vervoyant (homme-oiseau-fou-arbre "futé") qui la convoite. Le voici qui entre en scène :

 

"Tassez la neige autour d'un bâton, Sansa."

 

 Petyr Baelish, aka, Littlefinger, le lord protecteur du Val, mari de Lysa Arryn, responsable de la chute d'Eddard Stark et de l'enlèvement de sa fille. "L'oiseau moqueur" qui a emmené sa "protégée" dans un nid d'aigle ("Eyrie" en anglais signifie "nid d'aigle"). L'oiseau moqueur est le blason que s'est choisi Petyr Baelish (et dans Baelish, il y a "Bael").

 Notre princesse l'entend parler avant de le voir et se demande aussitôt depuis combien de temps il l'observe, ce qui le place du côté des personnages-oiseaux espions et "murmureurs" ("whisperers" en anglais) : Varys l'Araignée avec ses petits oiseaux, le corbeau du Lord Commandant de la Garde de Nuit (lui aussi associé au mot "clever", et comme par hasard, on a déjà vu précédemment que Jon apparaissait comme une Blanche-Neige au Mur), Melisandre la prêtresse rouge (dont les grandes jupes sont comparées à des ailes), et bien sûr la Corneille à Trois Yeux aka le vervoyant que cherche Bran.   

 Ici, Petyr Baelish ne s'adresse pas au personnage d'Alayne Stone, sa supposée fille bâtarde, mais bien à Sansa Stark qu'il avait innocemment proposé d'épouser après que les Lannister s'étaient décidés pour l'alliance avec les Tyrell et le mariage entre Margaery et Joffrey.

 

(...) et écrivirent dessus son nom en lettres d'or, en grandes, belles lettres capitales, sous lesquelles ils écrivirent encore qu'elle était une princesse, fille de roi. 

 

... dit le conte de Blanche-Neige.

 L'ambivalent Littlefinger s'adresse à Sansa non pas en père, mais en époux qui entend apprendre la vie à une Jouvencelle par métaphores interposées : en effet, Sansa ne parvient pas à achever son château, dont les derniers éléments s'effondrent sans cesse et Petyr lui donne la solution : il manque un homme à la princesse, ce qui est un peu paradoxal parce qu'on a vu plus haut que le château pouvait justement représenter cet époux et cette autorité seigneuriale et qu'en outre ses murs même étaient faits du sang d'un homme (je pense évidemment à "snow"/la neige - le bâtard, que j'ai déjà bien évoqué). Que veut donc dire Littlefinger ? Que la princesse doit avoir un amant - en plus de son mari - pour la déglacer ? Que le mari est un fantoche ? Une ombre ? Une marionnette ? Et que c'est le marionnettiste le vrai partenaire ? Ou suggère-t-il quelque chose de plus sombre comme un vol (n'oublions pas l'image de l'aube qui se glisse dans le jardin "comme un voleur") ?

 Ici, le vrai partenaire de la princesse est suggéré par le bâton. Examinons la suite du dialogue et comment Littlefinger se met sur les rangs : 

 

"Un bâton ? demanda-t-elle.

- Cela devrait le renforcer suffisamment pour qu'il tienne, à mon sens, dit Petyr. M'autoriseriez-vous, madame, à pénétrer dans votre château ?

 

 L'allusion est évidemment sexuelle, mais renvoie aussi au jeu pratiqué par les enfants nobles "viens dans mon château", que Tyrion cite parfois comme pour lui donner un sens ambigu (notamment lors de son mariage avec Sansa, avant le coucher), et qui faisait sans doute partie des jeux entre Petyr, Catelyn et Lysa quand ils étaient enfants à Vivesaigues. 

Contrairement au barde Marillion et au prince Joffrey, Littlefinger demande la permission. Quant au "renforcement", c'est le mot "strenght" que GRRMartin emploie : on le retrouve dans le mot "strong" qui était anciennement un synonyme de "stark" (qui avait autrefois le même sens que l'allemand "stark", mais a cédé la place à "strong"). Dit autrement, notre auteur suggère à travers les mots de Littlefinger que Winterfell, le château des Stark, doit sa solidité à un vervoyant, ou plutôt à son arbre-coeur, le barral du bois sacré (dans Bran II tome 1 A Game of Thrones, Winterfell est d'ailleurs comparé à un monstrueux arbre de pierre), et à la "magie". 

 

Sansa se fit prudente. "Ne me l'abîmez pas. Soyez...

- ... délicat ?" Il sourit. "Winterfell a résisté à des ennemis plus brutaux que moi."

 

 Après "viens dans mon château", nous pouvons deviner une allusion à un autre jeu enfantin de la saga, "Monstres et fillettes", lui aussi porteur de double sens. Précisons que la traduction dit "abîmer" là où GRRMartin emploie "to break"/"briser". Le sens est donc plus fort et renvoie à la fois au viol d'une femme et à la chute de Bran Stark, le petit garçon brisé qui devait établir des "ponts" ("bridges"; ce sont justement les "bridges" de Winterfell que Sansa ne parvient pas à faire tenir) entre les enfants du roi Robert et ceux des Stark. Il y a peut-être bien une ironie très "martinienne" dans le fait que Bran chute alors qu'il vient de surprendre un couple - Jaime et Cersei - faisant l'amour (et dont l'homme semble mener un assaut), et qu'il est poussé par Jaime, qualifié de "strong" dans cette occasion précise. 

 Pour Bran, dont le rêve était de devenir un "puissant" chevalier, Jaime était d'abord apparu comme un modèle absolu : grand, beau avec sa chevelure et son armure dorée, fort ("strong") et de prestance royale. Notons que ces qualités sont exactement celles dont Sansa affublait son prince charmant et qu'elle avait cru trouver chez Joffrey : 

 

He was all she ever dreamt her prince should be, tall and handsome and strong, with hair like gold. 

(Sansa I, tome 1 A Game of Thrones)

 

 Littlefinger est à l'opposé, ou presque, de cet idéal : petit, mignon et d'apparence plutôt chétive. Lorsqu'il était jeune adolescent il avait provoqué en duel Brandon Stark (le frère aîné d'Eddard) alors fiancé à Catelyn Tully, pour lui disputer Catelyn, justement. Loin de faire le poids, il avait été presque tué.  

 D'autre part, le bâton, c'est du bois, et le bois est directement lié aux vervoyants : lorsque le jeune Bran est dans le coma, étendu sur son lit, ses jambes amaigries sont comparées à des bâtons et ses mains à des serres d'oiseau. 

 La neige à "tasser autour d'un bâton" est-elle un moyen pour GRRMartin de suggérer qu'à l'instar de Lann le Futé volant des rayons du soleil, un vervoyant aurait volé sa "force" au bâtard pour l'apporter aux héritiers nés de sa princesse ? Une phrase prononcée par le vieux Jon Arryn sur son lit de mort revient comme un refrain au cours de l'enquête menée par Eddard pour élucider cette mort, ainsi que dans la bouche de Lysa Arryn à propos de son fils, le souffreteux petit Robert : 

 

"The seed is strong" - "la semence est forte"

 

 On examinera dans la partie suivante si la suggestion de notre oiseau fou était bonne et si la force est bien avec les Stark.

 Poursuivons pour le moment notre analyse : Sansa ne répond ni par oui, ni par non à la question de Petyr Baelish, et ne l'invite donc pas formellement à entrer. Celui-ci fait alors le tour du château, comme l'oiseau de proie qui fait des cercles dans le ciel en cherchant l'ouverture, ou le dominant qui marque son territoire et observe... ou comme Theon Greyjoy entré dans Winterfell furtivement, et par le bois sacré, avec une poignée d'hommes, en escaladant les murs, et se rendant maître de la place par ruse, sans combat.

 Littlefinger s'assure alors qu'il a deviné juste en nommant Winterfell, et évoque ses rêves à son propos, des rêves dans lesquels il se le représente toujours comme un lieu sombre ("dark") et froid, et pour cause, c'est là qu'est partie la jeune fille dont il était amoureux, Catelyn Tully, la mère de Sansa. Pour Petyr, vu de l'extérieur (il n'est pas encore entré) sa princesse Cat s'est ensevelie et sa vie dans le Nord est une mise au tombeau.

 

 - Du tout. Il y faisait toujours bon, lors même qu'il neigeait. L'eau captée dans les sources bouillantes passe par des conduites dans l'épaisseur des murs pour les réchauffer, et l'atmosphére des jardins de verre était en permanence celle de la plus torride journée d'été.

 

Je me suis longtemps trituré les méninges pour essayer de comprendre les enjeux de ce bref échange à propos de la température de Winterfell, et j'en ai tiré plusieurs conclusions que je livre là, je vous laisse choisir votre préférée !

 Tout d'abord, sur la forme, il s'agit d'une transition entre deux étapes de la construction du Winterfell de neige, en même temps que cela prépare l'entrée de Littlefinger sur un territoire qui lui est interdit ; concrètement, ça donne :

-> de l'extérieur le château est glacé

-> en fait à l'intérieur c'est chaud ("vas-y, pèle-toi bien dehors surtout")

-> c'est chaud surtout dans les jardins de verre, on se croirait en été

-> mince, je ne sais pas comment faire les jardins de verre

-> Littlefinger à la rescousse "laisse-moi faire, petite, je vais te montrer"

-> et hop, ni vu ni connu j't'embrouille, j'entre dans le château comme un voleur par le jardin... (à comparer avec Theon Greyjoy prenant Winterfell et couchant dans le lit d'Eddard Stark avec une fille qu'il a séduite). 

 Ensuite, l'opposition entre l'extérieur et l'intérieur du château, illustrée par l'opposition hiver-été, n'est pas sans rappeler certaines considérations de Samwell lors de la longue marche pour échapper au massacre du Poing des Premiers Hommes :

 

Avec un frisson, Sam relâcha la branche et s'étendit à l'aise dans la neige. Elle était froide et humide, il le savait, mais il ne le sentait guère à travers tous ses vêtements. Il leva les yeux vers le ciel blafard d'où les flocons venaient en voltigeant lui tapisser la panse et la poitrine et les paupières. La neige va me couvrir d'une épaisse courtepointe blanche. Il fera plus chaud, sous la neige, et, s'ils parlent de moi, force leur sera de reconnaître que je suis mort en homme de la Garde de Nuit.

(Samwell I, tome 3 A Storm of Swords)

 

 Ce n'est ni la seule ni la première fois dans la saga que le froid extrême donne l'illusion de chaleur lorsqu'on s'y abandonne, et Sam s'enfouit sous la neige en attendant une mort douce comme les rêves - façon "bonsomme", le poison doux qui est administré au petit Robert Arryn et qui a sans doute pour premier effet de ralentir sa croissance - de même que Sansa s'enfouissait sous les couvertures ou que la princesse de la présente analyse s'abandonne à la mort dans son château-tombeau de neige : le baiser de neige du début de la scène était autant un baiser d'éveil (à "l'autre monde") qu'un baiser de mort, car s'éveiller à une vie suppose de mourir à une autre. La saga joue sur la signification symbolique de ce passage d'une vie (ou d'un monde) à l'autre autant que sur les implications concrètes, dont l'exemple le plus emblématique reste la résurrection de Catelyn en Lady Coeurdepierre par le "baiser de feu" de Beric Dondarrion (qui y laisse volontairement et définitivement ce qui lui restait de vie). Cela ne veut cependant pas dire que le retour en arrière est possible : la mort est toujours définitive, et Lady Coeurdepierre n'est plus Catelyn Stark, même si une part d'elle subsiste. 

 Enfin une troisième lecture possible de ce bref échange se focalise sur la captation des sources chaudes : ce sont elles qui donnent à Winterfell sa chaleur et en font une sorte de paradis estival au coeur de l'hiver. On sait par ailleurs que les jardins de verre sont utilisés pour cultiver fruits et légumes qui manquent inévitablement en hiver, et en cas d'hiver très rigoureux et long (plusieurs années), ils sont une garantie de survie. L'eau chaude canalisée à l'intérieur des murs du Winterfell de pierre joue le même rôle que les bâtons dans le Winterfell de neige; dans ce jeu de miroir, les sources chaudes deviennent la "force" captée pour le Winterfell réel, "force" assimilable à l'été. Cela donne un éclairage particulier au fait qu'après avoir vu le coeur de l'hiver pendant son rêve comateux, Bran nomme son loup géant aux yeux dorés Été. Il est suggéré que le coeur de l'été pourrait se trouver lui aussi à Winterfell, voire que coeur de l'hiver et coeur de l'été soient une seule et même chose. Aspiration à l'été et à l'hiver se rejoignent, ce que montrent très bien par ailleurs les souvenirs heureux de neiges d'été de Sansa. 

 

  

- MORSURES, BAISERS ET ÉPOUSAILLES -

 

 

 "Je ne sais comment m'y prendre pour réaliser la toiture en verre des jardins."

Littlefinger se caressa le menton, glabre depuis que Lysa l'avait prié de raser sa barbiche. "Le verre était scellé sur des châssis, non ? Des brindilles sont la solution. Épluchez-les, croisez-les, et utilisez de l'écorce pour les nouer en forme de châssis. Je vais vous montrer."

(...)Lorsqu'il en eut à suffisance, il enjamba les deux enceintes d'une seule foulée et s'accroupit sur les talons au milieu de la cour. Sansa se rapprocha pour le regarder procéder. Il avait la main sûre et adroite (...)

 

 Littlefinger le futé a donc profité d'un désir de Sansa pour gagner du terrain et s'infiltrer dans le château de neige. On remarquera que le "milieu de la cour" peut se comprendre comme la cour de Winterfell autant que celle des Eyrié (voire le milieu d'un corps humain), et que le processus d'appropriation par Sansa ne s'est donc pas interrompu avec l'arrivée de Littlefinger. De plus, dans le même mouvement que ce dernier essaye de s'emparer du château et de sa dame en franchissant le mur d'enceinte sans y avoir été invité, celle-ci lui fait construire la verrière de la serre chaude. Verrière, vous avez dit ? Ne serait-ce pas plutôt le couvercle du cercueil de verre dans lequel Blanche Neige est mise à l'abri des prédateurs jusqu'à l'arrivée du prince charmant ? A moins qu'il ne s'agisse d'une métaphore de manteau nuptial dont notre oiseau moqueur recouvrirait sa princesse pour la dérober au monde ? Les brindilles sont en effet entrelacées comme le sont les fils d'un tissu ou ceux d'une toile d'araignée. Je pense pour ma part que la double fonction de la verrière est à prendre en compte : Littlefinger retient Sansa prisonnière dans sa toile et se substitue à son époux et à son père, là où Sansa est en mesure de profiter de la protection imposée pour croître en force, et prendre son véritable envol un jour... enfin on l'espère pour elle !

 

 Mais poursuivons : après la verrière, il y a le donjon primitif, et puis les gargouilles.

 Arrêtons-nous un instant sur elles, à cause d'un personnage régulièrement comparé à une gargouille (et ce, dès sa première apparition, dans le chapitre Jon I, tome I A Game of Thrones) : c'est Tyrion Lannister, le nain époux de Sansa, qui a poussé l'abnégation jusqu'à ne pas coucher avec elle alors qu'il la désirait et qu'elle était prête à se plier à son devoir d'épouse. En version courte : il a refusé de la violer. On tient là un autre élément de l'hypothèse formulée précédemment sur la verrière.  

 Les gargouilles du château sont difficiles à reproduire, Petyr va donc proposer à Sansa de contourner le problème - de tricher en quelque sorte - en leur donnant l'apparence de simples grumeaux de neige. Ce n'est pas pleinement une tricherie car quand il neige, les gargouilles recouvertes de neige ont bien l'air de grumeaux, mais symboliquement, Petyr avoue par là qu'il n'est pas capable de jouer le rôle protecteur des gargouilles, qu'il fera semblant, car c'est "facile" pour lui : de fait, il n'a jamais protégé Sansa pendant son séjour à Port-Real, il n'a fait que se servir d'elle pour ses propres fins. Et il n'a pas les scrupules de Tyrion.

 Et voici le bouquet final : 

 

La tour foudroyée le fut [facile] encore davantage. A eux deux, ils la fabriquèrent bien longue, et, agenouillés côte à côte, la firent rouler doucement et, après qu'ils l'eurent redressée, Sansa plongea ses doigts dans le faîte pour y prélever une bonne poignée de neige et la balança à la tête de Littlefinger. Il poussa un glapissement quand la neige lui dégoulina dans le col; "Voilà qui n'a rien de chevaleresque, madame.

- Pas plus que de m'avoir amenée ici quand vous aviez juré de me ramener à la maison."

 

 Sans ambiguïté, les nouveaux époux dans leur nouvelle demeure semblent se chauffer mutuellement, avec l'érection de la grande tour, en vue d'avoir les nombreux enfants promis par le conte. Seulement voilà, c'est notre vierge guerrière qui tient le manche : Littlefinger, en pénétrant sans permission dans Winterfell, a pris la place de la Jouvencelle, ce qui est confirmé métaphoriquement par la perte de sa barbe (lorsqu'il entre en scène, il est rappelé qu'il l'a fait raser à la demande de Lysa, dont on a vu plus haut les points communs avec Sansa). Sansa peut alors jouer le Guerrier qui s'en empare et la viole, par renversement des rôles.

 D'autre part, "tour foudroyée" traduit "broken tower" - tour brisée; "foudroyée" est justifié dans la mesure où on apprend dans un chapitre de Bran que c'est la foudre lors d'une violente tempête qui a provoqué sa destruction partielle, longtemps avant la saga (il n'y a pas de date certaine, la seule connue étant donnée par le très jeune Bran "au moins 100 ans avant la naissance de son père"). Cette tour est en outre le refuge des corneilles de Winterfell, et par conséquent un point d'ancrage pour vervoyant; sa forme qui rappelle une "lunette de Myr" (= longue vue ou télescope portatif dans la saga, objet offert aux Stark par Lysa Arryn conseillée par Littlefinger dans les premiers chapitres) et son ancienne fonction de tour de guet en font un observatoire réel et symbolique privilégié, d'où un geôlier surveillerait ses prisonniers, ou un "père" tutélaire veillerait sur ses enfants, sa descendance. Associée au symbole phallique que la tour représente, le fait qu'elle soit brisée rappelle également une castration, comme celle subie par Theon après sa capture par le bâtard Bolton, Ramsay Snow. Ma première hypothèse verrait dans cette tour brisée la manifestation visible de la castration réelle ou symbolique du loup bâtard prince-prisonnier de Winterfell, et par conséquent la stérilité du couple qu'il forme avec la princesse, ainsi que le rôle castrateur et stérilisateur joué par la corneille (la corneille est associée dans la saga à la foudre et au vent, mais je ne détaille pas ici, l'article étant déjà très long et le sujet méritant sa propre étude); mais la castration/stérilisation peut tout autant être celle de la "corneille" et témoigner de la lutte en sourdine que se livrent ces deux rivaux à l'intérieur même de Winterfell, une lutte qu'on retrouve mythologisée chez les Fer-nés, à travers les deux dieux rivaux que sont le dieu Noyé et le dieu des Tempêtes (représenté par une corneille). La "broken tower" apparaît comme la réponse de la princesse qui a subi le viol malgré l'avertissement - "don't break it" recommande Sansa quand Littlefinger demande s'il peut entrer dans le château. Sansa est ici une autre Asha Greyjoy, la princesse dont le "bébé" est une hache ou une dague, armes de pouvoir mais aussi castratrices, et qui dans le tome 5 A Dance with Dragons, joue une scène presque similaire, mais plus ouvertement violente, avec un certain Qarl Pucelle (Qarl the Maid en anglais), qui n'a pas de barbe et qui s'invite sans permission, lui et sa "peau de pêche", dans la chambre d'Asha :

 

"Je vais te prendre, maintenant.

- Vas-y, cracha-t-elle, et je te tuerai dans ton sommeil."

(...)

"je suis une femme mariée, lui rappela-t-elle ensuite. Tu m'as souillée, godelureau sans barbe. Le seigneur mon époux te coupera les couilles et te fera porter une jupe."

 Qarl roula sur lui-même pour la libérer. "S'il arrive à s'extirper de sa chaise."

 Dans la chambre il faisait froid. Asha se leva du lit de Galbart Glover et retira ses vêtements déchirés. Le justaucorps aurait besoin de nouveaux lacets, mais on ne pourrait pas sauver la tunique. Bah, je ne l'ai jamais aimée. Elle la jeta dans les flammes. Elle laissa le reste en une flaque de tissu à côté du lit. Elle avait les seins tout dolents, et la semence de Qarl lui dégouttelait le long de la cuisse. Elle devrait se préparer un thé de lune ou courir le risque de mettre au monde une seiche nouvelle. Quelle importance ? Mon père est mort, ma mère agonise, on écorche mon frère et je suis impuissante à agir en quelque manière que ce soit. Et je suis mariée. Mariée et déflorée... certes pas par le même homme.

 Lorsqu'elle vint se glisser de nouveau sous les fourrures, Qarl dormait. "A présent ta vie m'appartient. Où ai-je mis ma dague ?"

(L'épouse rebelle, tome 5 A Dance with Dragons)

 

 

 Le mari d'Asha est un vieillard cacochyme et elle n'était pas présente à ses noces. C'est Euron Oeil-de-Choucas ("oeil de corneille) qui a imposé le mariage à sa nièce. Asha ne tuera pas Qarl cette fois. Malgré des différences évidentes, la scène dont je viens de citer un extrait met en valeur certains détails (Qarl imberbe, par exemple) afin de souligner le fait que le couple Asha-Qarl joue sur la même musique que le couple Sansa-Littlefinger, mais le premier est explicite y compris dans la question de la descendance et de la transmission d'un "sang", là où l'autre est presque entièrement symbolique. La répétition d'un même schéma indique à mon sens qu'il s'agit de variations sur une histoire originelle, une histoire du passé dont les répercussions se font sentir jusqu'au temps de la saga (à cet égard, l'histoire de Jon et Ygrid - spécialement entre la baignade dans la grotte et la fuite de Jon à la tour de Reine Couronne - offre elle aussi de très nombreux échos autour des thèmes du bâtard prisonnier dans un château et qui aimerait y vivre avec sa bien-aimée dont il est séparé par un Mur. Avec Jon, c'est le bâtard qui est symboliquement prisonnier de la corneille, et la "princesse" qui cherche à le libérer. Pour Jon aussi la question de la descendance se pose de manière d'autant plus aiguë que son serment de frère juré de la Garde de Nuit est une castration symbolique).

 

 Pour explorer sous un autre angle le thème de la castration/stérilité, on se reportera à l'article les Promesses de l’aube, dans la série sur les Autres.

 En poussant un peu plus loin la lecture symbolique, Sansa dans son cercueil de neige est devenue pleinement une part de Winterfell et par conséquent du loup bâtard qui en est déjà le maître, et ce qu'elle offre à Littlefinger n'est rien d'autre que la morsure du froid au lieu d'un baiser. La neige lui coule d'ailleurs dans le cou, là où les loups mordent les adversaires qu'ils veulent tuer (par exemple le reître anonyme qui voulait tuer Bran dans le coma avec une dague ayant anciennement appartenu à Littlefinger, et égorgé par le loup anonyme du même Bran), et on peut directement faire le rapprochement avec la "morsure" de Glace, l'épée des seigneurs Stark qui a servi dans la saga à deux décapitations, celle d'une "corneille" déchue (un déserteur de la Garde de Nuit, exécuté par le seigneur "loup" de Winterfell, Eddard Stark), et celle d'un loup Stark (Eddard) par un bourreau à allure d'Autre (Ilyn Payne), poussé en sous-main par un homme de notre oiseau moqueur (Janos Slynt, qui finira lui-même comme garde noir, décapité par le bâtard Jon Snow). Il y a bien une lutte souterraine qui se joue entre "l'esprit du loup" et "l'esprit de la corneille" et c'est une promesse de mort que reçoit en pleine face un Littlefinger à taille de géant par rapport au château de neige :

 

 "(...)Et après, j'ai rêvé de nouveau de cette fille, tuant un géant féroce dans un château tout bâti en neige."

 (Arya VIII, tome 3 A Storm of Swords)

 

L'assimilation de Sansa à "l'esprit de loup" de Winterfell est notifiée clairement dans le texte : 

 

 Elle eut une seconde de stupeur. Où donc avait-elle puisé l'audace de lui parler si carrément ? Dans Winterfell, songea-t-elle. Je suis plus forte à l'intérieur des murs de Winterfell. 

 

 "Forte" traduit bien le mot "strong" de la version originale. Autrement dit, Littlefinger se prend un retour de glace du froid qu'il a contribué à créer.  

 Entrer dans le château de la princesse et de son bâtard n'est pas sans danger, surtout pour les oiseaux, même si on a aidé l'architecte.

 

 Au passage, j'ajouterai que le parallèle entre Winterfell et le Mur se poursuit : la verrière, le donjon et les gargouilles peuvent aussi bien représenter l'édification du Mur et l'instauration de la Garde de Nuit, protectrice (pour les royaumes du sud) et geôlière (pour les "peuples libres") tout à la fois. Pour la verrière en effet, Littlefinger prend des brindilles de bois et les entrelace ensemble, et il bâtit le donjon autour d'un bâton, or, on sait qu'à Fort Nox - la plus ancienne forteresse du Mur - se trouve un barral à l'intérieur même du Mur, un barral très vieux dont la bouche s'ouvre et se ferme comme une porte. Et le Mur est un tombeau de glace. Ce qui lie étroitement le Mur et Winterfell, l'un n'allant pas sans l'autre.

 

  ~~

 

 Après la morsure glacée, Littlefinger réplique par la sienne : il embrasse Sansa, la "vierge de neige", ainsi qu'il l'a appelée, presque comme s'il voulait la manger :

 

Elle tenta de se reculer, mais il l'attira contre lui et, brusquement, voilà qu'il l'embrassait. Faiblement, elle essaya de se dégager, mais sans autre résultat que de resserrer l'étreinte. Il avait la bouche plaquée sur la sienne et avalait ses protestations (="words" - "mots/paroles" dans le texte original). Il avait un goût de menthe. Une seconde, elle s'abandonna à son baiser...

 

 L'alerte est chaude pour Sansa. Sans surprise, on retrouve le thème de la parole avec une intéressante réutilisation de l'Apollon delphien, qui se servait de la bouche de la pythie pour rendre ses oracles (il y a aussi tout une imagerie de la menthe, plante liée symboliquement au monde souterrain des morts, qui pousse dans les lieux humides et à l'ombre, exact opposé dans la saga du citron solaire, citron dont raffole Sansa dans les tartes) : Littlefinger absorbe les mots de Sansa pour lui insuffler les siens et en faire sa marionnette parlante. Le baiser ne va cependant pas jusqu'à réveiller la princesse morte et ensevelie sous la neige; au contraire, il lui coupe littéralement le souffle, comme si elle s'enfouissait plus loin dans son tombeau , ainsi que Littlefinger le lui fait remarquer en essayant de pousser son avantage :

 

"Que ne pouvez-vous vous contempler vous-même, madame. Vous êtes si belle... Vous êtes encroûtée de neige comme un ourson, mais vous avez le teint vermeil, et vous pouvez à peine respirer. Cela fait longtemps que vous êtes dehors ? Vous devez mourir de froid. Laissez-moi vous réchauffer, Sansa. Retirez ces gants, donnez-moi vos mains.

- Non."

 

 Sansa est trop bien à l'abri dans son cercueil de verre - que Littlefinger a participé à achever - comme une belle plante en serre qui va pouvoir attendre le printemps. Par surcroît, ce cercueil est à Winterfell. Autant dire inaccessible. Mais notre maître manipulateur ne s'avoue pas pour autant vaincu, il revient à la charge sur un mode plus galant et en apparence moins agressif en proposant de réchauffer les mains froides de la belle. Si notre princesse n'a pas les mains noires (la mort de Sansa est symbolique), l'allusion aux mains noires des cadavres animés reste transparente. Cette fois Sansa refuse explicitement le contact avec les mains. Autrement dit, notre oiseau fou n'a pas obtenu l'amour de sa dame, hors de sa portée, mais à défaut, il retient son corps captif au royaume glacé des morts, où il n'a qu'à rester pour toujours, tandis que l'esprit erre ailleurs... (mais où est-il parti, bordel ? Où vont les putes ?)  

 Le teint vermeil, contrastant avec le blanc de la neige qui recouvre la jeune fille renforce le parallèle avec Blanche-neige; à cela, il faut ajouter un élément que je n'ai pas encore cité : Sansa, sous l'identité d'Alayne, fille bâtarde de Petyr Baelish, a les cheveux teints en noir. Au delà de la référence, Sansa/Alayne/Blanche-Neige réunit en elle les trois couleurs qui jalonnent le parcours de plus d'un héros de la saga : blanc, noir et rouge. 

 Blanc et rouge sont surtout les couleurs des barrals, ce qui signifie que le jardin "sans dieux" du début de la scène a bien trouvé sa déesse tutélaire, ou sa reine si on préfère, et une reine-cadavre à l'image de la légendaire et mystérieuse femme-cadavre qui séduisit le non moins légendaire 13e Lord Commandant de la Garde de Nuit. Ce dernier captura cette femme-cadavre si belle et si froide, la ramena à Fort-Nox, se proclama Roi et elle Reine. Roi et reine de la Nuit pactisèrent avec les Autres, à ce qu'on raconte, et régnèrent 13 années avant d'être vaincus par l'armée des Stark alliée pour cette unique occasion à celle du légendaire roi d'Au-delà du Mur Joramun.

 

Quant au noir, c'est la couleur associée à la bâtardise. 

 

 On notera également que Sansa n'est plus une louve ni un agneau, mais que la neige l'a transformée en "ourse". C'est une transformation qui va se prolonger dans le tome suivant, puisque la métaphore sera réutilisée lors de sa descente des Eyrié vers la vallée en tant qu'Alayne Stone. Le passage du loup à l'ours est à mon sens loin d'être anodin, et la "princesse ourse" est une figure qu'on retrouve liée à Jon Snow, d'abord sous la forme de... Samwell (plus de détails à ce propos dans le premier article de l'étude consacrée aux Autres), mais aussi à travers Daenerys Targaryen, sauvée, protégée et élevée par deux pères de substitution qu'elle a surnommés ses "Vieux ours". Disons - pour faire bref - qu'ici, l'image associée à Sansa Stark est celle d'une princesse enfouie dans le lointain passé des Stark, une "ourse" proie d'un oiseau qui l'aurait affublée d'un manteau en peau de loup (pour se faire passer pour un "vrai loup"), à l'occasion d'un mariage, et aurait ainsi fondé le lignage des Stark de Winterfell. La peau de loup doit donc être retirée pour révéler ce qu'elle cache. La louve Stark doit mourir pour que renaisse l'ourse Stark (et pas que l'ourse). 

 

 Littlefinger s'obstinant cependant à vouloir jouer le prince charmant libérateur et à ravir pour lui une reine, un nouveau personnage entre alors en scène pour sauver Sansa de son geôlier... et fracasser son tombeau, son rêve et son cauchemar tout à la fois, comme l'était le beau et monstrueux Joffrey. Un enfant. Sa descendance. 

 

 

- ROBERT L'HÉRITIER -

 

 

 - Un château !"

Le timbre était criard, strident, puéril. Lord Baelish se détourna d'elle [Sansa]. "Lord Robert". Il esquissa une révérence. "Devriez-vous être dehors, dans la neige, sans gants ?

- C'est vous qui avez fait le château de neige, Lord Littlefinger ?

- Alayne, pour l'essentiel, messire. 

- Il est censé figurer Winterfell, dit Sansa.

- Winterfell ?" Petit pour ses huit ans, Robert était un bout de mioche à peau tavelée, l'oeil constamment chassieux. Coincée sous son bras pendouillait la poupée de tissu râpée jusqu'à la corde qui ne le quittait nulle part. 

"Winterfell est le siège de la maison Stark, expliqua-t-elle à son futur époux. Le grand château du Nord. 

 

Voici donc le sauveur de Sansa, celui qui interrompt les avances pressantes de Littlefinger, le jeune lord Robert Arryn, fils de Lysa et de son défunt mari, le vieux Jon Arryn. Avant de regarder sa partition, on va s'intéresser au costume et au maquillage, autrement dit à ce que sa brève "description" révèle sur son rôle par rapport à notre Blanche-Neige et son sauveur auto-proclamé.

 

 "La peau tavelée" retranscrit "splotchy skin" et signifie simplement "peau tachée". Si le terme "tavelée" peut renvoyer aux taches de vieillesse - ce qui permettrait d'interpréter Robinet comme un personnage jouant sur le type littéraire de l'enfant-vieillard plein de savoir et de sagesse (en en prenant complètement le contrepied) - je pense que les taches ici sont plutôt des taches de rousseur et que dans les canons de beauté de Westeros, les taches de rousseur sont un trait de laideur (la fille du capitaine que séduit Theon quand il retourne aux îles de Fer a la peau "splotchy", et ce n'est pas du goût du jeune homme). Il est d'autant moins étonnant que ce détail soit relevé sous le regard de Sansa, que cette dernière accorde une attention très soutenue aux apparences et que Robinet est censé l'épouser plus tard. Or, Sansa voit son cousin comme l'anti-prince charmant absolu, au point que plus tard dans le chapitre, elle pensera qu'elle préfère encore épouser une seconde fois Tyrion. Robinet époux de Sansa, c'est un peu comme si Blanche-Neige allait épouser Simplet, Atchoum ou Grincheux de chez Disney : les nains sont sympas et rigolos, mais ce ne sont ni des lumières, ni des canons. Robinet, lui, n'est même pas sympa ni rigolo. 

 

 Ensuite, comme Littlefinger plus tôt, son entrée en scène se fait par la voix, avant que nous n'ayons l'image. Cependant, il ne vient pas à l'idée de Sansa qu'il soit resté à observer avant d'intervenir, et le fait qu'il n'ait pas de gants et le cri qu'il pousse plaident pour la précipitation de l'enfant qui vient de repérer une nouvelle attraction et veut absolument jouer avec tout de suite. Si Robinet-chéri n'est pas un voyeur en soi, sa mère observait bien la scène depuis sa fenêtre : Sansa ne l'a vue qu'un instant mais on apprendra plus tard dans le chapitre qu'elle a vu le baiser de Littlefinger. Il n'est pas impossible qu'elle ait sciemment laissé échapper son précieux fils pour qu'il aille interrompre les avances de son nouveau mari à une autre. En dehors de cette hypothèse, Robinet chéri partage bien des caractéristiques avec "l'oiseau" et "l'arbre", en d'autres termes, le vervoyant. Or, nous connaissons un futur vervoyant dans le personnage de Bran Stark. Lorsqu'elle compare son jeune neveu Robert à Bran (un an seulement les  sépare), Catelyn Stark voit l'énorme différence de maturité physique et psychologique entre les deux garçons ; le lecteur, lui, est invité en douce à remarquer les points communs entre eux et s'interroger sur leur sens :

 

Bran et Robert sont deux jeunes garçons qui rêvent de chevalerie mais dont la condition physique leur interdit un avenir guerrier. Pour combler ce manque, Bran succombe à la tentation de posséder le géant Hodor et de le manipuler comme un pantin. Robert, lui, a sa poupée de chiffon, son "géant" (j'en reparlerai plus loin).

 

 

- Ensuite, il y a son obsession pour le vol, qu'on constate la première fois qu'on le voit, dans le tome 1 A Game of Thrones, lorsque Catelyn amène Tyrion prisonnier dans le Val, que Lysa organise son procès et que son rejeton veut "voir voler le petit homme". Il y a d'ailleurs une subtile et cruelle ironie dans la demande du petit Robert, après l'ordalie dont Tyrion sort vainqueur : 

 

 "Can I make the little man fly now?"

 Across the garden, Tyrion Lannister got to his feet. "Not this little man," he said. "This little man is going down in the turnip hoist, thank you very much."

(Catelyn VII, tome 1 A Game of Thrones)
 
 Tyrion ne conteste pas le désir de Robert de voir voler "le petit homme", il conteste seulement le fait d'être le "petit homme" en question. Or Littlefinger est également un petit homme, et si en anglais il est qualifié de "small", il porte "little" directement dans son surnom. Et bien sûr, Robert est lui aussi particulièrement petit. Une théorie assez en vogue prétend que Robert est le fils de Petyr Baelish plutôt que celui de Jon Arryn; si je ne pense pas que ce soit le cas biologiquement, cette hypothèse permet de mettre en avant une filiation sur le plan symbolique, où la descendance de la princesse morte aurait hérité de la faiblesse physique du geôlier, qui devrait être compensée par une "force de remplacement", en l'occurrence la poupée de chiffon que se trimbale partout le garçonnet. D'autre part, demeure sous-jacente la menace de chute, conjointement au désir de voler (ou "voir voler").
 
- "bout de mioche" traduit en fait l'expression "stick of a boy" qui pourrait avoir un sens bien différent dans le contexte de la saga : on l'a vu auparavant, "stick" c'est le bâton, c'est ce dont Littlefinger et Sansa se sont servi pour "renforcer" Winterfell; et c'est aussi l'aspect de Bran lorsqu'il est dans le coma, à la fois petit oiseau et brindille :
 
  Sa mère lui tenait une main. Une serre, eût-on dit. Le Bran de naguère était devenu méconnaissable. La chair l'avait déserté. Sous la peau saillaient des os noueux comme des bâtons.(...) Plus ténu qu'une feuille, il semblait à la merci du premier coup de vent.
(Jon II, tome 1 A Game of Thrones)
 
- Le cri strident que pousse Robert en arrivant sur scène traduit l'anglais "shrill", qui est peu employé dans la saga, mais du coup associé à des personnages, moments et images bien particuliers. Je ne passe pas ici en revue la vingtaine d'occurrences, je signale simplement les plus "parlants" : la première apparition du mot qualifie le cri de la Corneille à Trois Yeux lorsque pendant le rêve de Bran comateux elle lui perce le front de son bec; c'est le moment où Bran s'éveille. Plus tard dans la saga, le même Bran ne semble pas capable de prendre une voix forte et autoritaire (normal à première vue pour un enfant), au lieu de ça son cri est "perçant":
 
"Mikken, you be silent." Bran tried to sound stern and lordly, the way Robb did when he made a command, but his voice betrayed him and the words came out in a shrill squeak.
 (Bran VI, tome 2 A Clash of Kings)
 
Le corbeau ("raven") de lord Mormont pousse des cris perçants lorsqu'il répète "morts, morts, morts", alors que Mormont évoque les cadavres de deux patrouilleurs qui ont attaqué les frères jurés à Châteaunoir; Jon avait lui-même poussé un tel cri juste avant de se battre avec un des cadavres. Et Lysa Arryn, lors du procès improvisé par elle en vue de condamner Tyrion pour la mort de lord Jon Arryn (époux de Lysa) et la tentative de meurtre de Bran. "Shrill" est employé très majoritairement à propos de personnages qui ont un lien réel ou métaphorique, momentané ou durable, avec corbeaux et corneilles. Il exprime une peur ou une mise en garde qui peut prendre la forme d'une injonction.
 Enfin, je citerai une métaphore intéressante : 
 
The wind cut like a knife up here, and shrilled in the night like a mother mourning her slain children.
Le vent coupait comme un rasoir, dans ces parages, et il y poussait des cris aussi perçants, la nuit, que ceux d'une mère endeuillée par l'assassinat de tous ses enfants.
(Jon VI, tome 2 A Clash of Kings)
 
Jon est alors dans les montagnes appelées Crocgivres, les "crocs de glace", plus précisément dans la zone du Col Museux ("museux" est transcription de "skirling", qui signifie "pousser des cris stridents"; "museux" est le même mot qu'on trouve dans "cornemuse", si on veut se faire une petite idée sonore !). Les crocs et la glace, c'est la marque de la "bête", ça rappelle "l'esprit du loup" que j'ai déjà bien longuement développé précédemment en évoquant la figure d'un bâtard, mais aussi les barrals dont les plus gros peuvent avoir la bouche grande ouverte. Les "plaintes de la mère" prennent alors gune résonance particulière, celle d'une mère appelant après son enfant dévoré par un loup géant ou un barral (=lorsqu'on devient vervoyant, on est progressivement absorbé et digéré par le barral auquel on est rattaché). Est-ce une mère-corbeau qui vient demander des comptes au loup qu'elle accuserait d'avoir dévoré ses enfants ? Lorsque dans le second tome A Clash of Kings, Vère, la fille et épouse de Craster, vient demander un matin à Jon Snow sa protection pour elle et pour son enfant à naître qui risque d'être sacrifié par Craster, elle porte le manteau noir de Samwell; quand elle s'en retourne sans avoir obtenu la protection demandée, le manteau noir se déploie derrière comme des ailes de corbeau :
 
Elle [Vère] s'enfuit, désespérée. Dans son dos battait, telles d'immenses ailes noires, le manteau de Sam.
(Jon III, tome 2 A Clash of Kings)
 
 S'agit-il d'une mère-corbeau épouse d'un loup ? Dans le cas de Vère, Craster est un bélier avide, fils bâtard de corneille (=frère juré de la Garde de Nuit), mais elle est venue proposer à Jon Snow (loup bâtard "barralisé" - son loup géant a les couleurs des barrals - devenu rejeton de corneille une fois au Mur) d'être son "épouse" en échange d'une protection.
 Ou encore, pourrait-ce être une mère-louve déplorant la mort de ses enfants ? Je ne trancherai pas ici (même si la mère-corbeau a pour le moment ma faveur), mais je noterai que la figure de la mère qui veut sauvegarder son fils est justement un autre des points communs entre Bran et Robinet-chéri.
 
- ... ce qui m'amène au prochain point, le rapport particulier avec la mère : Bran est l'enfant préféré de Catelyn, elle a prié les Sept pour qu'il n'aille pas à Port Real avec son père et ses soeurs, et Bran a fait une chute quasi mortelle ; Robert est enfant unique mais Lysa le couve au point d'avoir tué son époux pour pouvoir le garder auprès d'elle.  
 
 - En dehors de ce qui le rapproche des enfants "oiseaux", et en fait finalement un héritier du "sang de faucon" des Arryn (bon, un faucon aux apparences bien chétives), le petit Robert a un dernier trait physique qui le rattache au moins symboliquement à la légendaire et antique reine Alyssa Arryn : ses yeux pleurent en permanence. La légendaire reine Alyssa Arryn n'avait pas pleuré à la mort des siens et avait été condamnée après sa propre mort à pleurer jusqu'à ce que ses larmes atteignent la vallée et la fertilisent, sous la forme de la Cascade "les Larmes d'Alyssa", visible et audible depuis les Eyrié, et qui descend de la montagne la Lance du Géant. Le petit Robert est donc ironiquement l'héritier d'une malédiction millénaire et condamné à pleurer sans trêve. 
 Là encore c'est à mettre en regard d'un trait du loup Stark et de l'affirmation d'Arya, selon laquelle "les loups géants ne pleurent pas" - "direwolves don't cry". Le refus d'Arya de pleurer correspond à son désir d'être "forte" (strong) comme une vraie Stark, les pleurs  étant pour elle un aveu de faiblesse. Ce n'est pourtant pas l'envie qui lui manque de pleurer, de même qu'à Bran, qui se répète plus d'une fois qu'il est presque un homme fait et puise sa force dans ces tentatives d'auto-persuasion.  
 On apprendra en outre à la fin de ce chapitre de Sansa que le poison qui a tué Jon Arryn - les "Larmes de Lys" - a été versé par son épouse Lysa, à l'instigation de Littlefinger. Un poison indétectable car inodore, incolore et sans saveur, et dont les effets s'apparentent à une maladie foudroyante et affaiblissante, une sorte de miroir de l'attitude du vieux Jon Arryn qui ne s'est jamais intéressé à sa jeune épouse ni à sa détresse, occupé qu'il était par sa fonction de Main du roi. C'est à ce vieux mari quasi stérile et qui a perdu les uns après les autres tous ses héritiers proches qu'on doit la phrase "la semence est forte", prononcé sur son lit de mort, sans doute à propos des bâtards du roi Robert Baratheon, et que Lysa a prise pour son fils tout chétif.
 
 En résumé, Robinet est posé comme l'héritier sacrifié d'une triade mortifère : une femme en deuil perpétuel, un époux fantoche vidé de sa force et un époux de l'ombre qui empoisonne le couple par ses conseils et mensonges (ses murmures), où la femme est remplacée à l'infini par une plus jeune qui entre dans le cercle en épousant la descendance maudite, et en meurt à son tour.
 Dans cette configuration, Sansa Stark est bien destinée à mourir aux Eyrié avec Lysa Arryn et à être ensevelie dans son Winterfell de neige, comme la louve Lady est morte au Trident et enterrée à Winterfell. Et à engendrer des fils condamnés à tirer leur force non pas d'eux-même mais de "géants" sacrifiés pour eux.
 Dans la scène que nous analysons, Sansa est devenue la nouvelle reine-cadavre en son château de glace, épouse d'un mort et prisonnière d'un voleur futé. Le jeune Robert Arryn représente sa descendance, celle par qui la libération arrive... mais à quel prix ?

 


 

- "MONSTRES ET FILLETTES" -



 

"Monstres et fillettes" est un des autres jeux pratiqués par les enfants de Westeros, plus populaire que "viens dans mon château". Nous en avons un aperçu dans un chapitre de Davos, dans le tome 3 A Storm of Sword, et il semble que le jeu consiste en une poursuite entre une "princesse", un "monstre" et un "prince sauveur". Les règles ne sont pas décrites par GRRMartin, mais la thématique ne sort pas des histoires "réelles", celles racontées dans la saga. 

 En l'occurrence, avec sa poupée figurant un géant qui veut entrer dans le château, Robert mêle symboliquement les deux jeux.

 

- Pas si grand que ça." Le mioche s'agenouilla devant la poterne. "Regarde, voilà un géant qui vient pour le démollir." Il dressa sa poupée dans la neige et la fit avancer par saccades. "Tagada, tagada, je suis un géant, je suis un géant, chantonna-t-il, Ho ho ho, ouvrez-moi vos portes, ou je les écrase, écrase, écrase." Balançant la poupée par les jambes, il découronna l'un des deux bastions puis le second. 

C'était plus que n'en pouvait supporter Sansa : "Robert, arrête-moi ca !" Loin d'obtempérer, il balança de nouveau la poupée, faisant exploser un bon pied des murs. Elle voulut lui attraper la main, mais c'est la poupée qui se rencontra sous ses doigts. Avec un long bruit déchirant, le tissu élimé céda, et elle se retrouva tout à coup tenant la tête du fantoche, Robert les jambes et le corps dont le rembourrage de sciure et de chiffons ruisselait dans la neige.

 La lippe de Robert se gondola. "Tu me l'as tuééééééééééééééééé !" piaula-t-il, avant de se mettre à trembler. 

 

 Voici donc le géant en action : c'est lui qui vient libérer la princesse de son enfer glacé, le prince promis littéralement, puisqu'en outre il doit épouser la Blanche-Neige prisonnière. Cela semble réussir en partie, puisque la suite immédiate ce sont les violentes convulsions de Robert qui détruisent le Winterfell de neige.

 Cependant, on remarquera que la princesse n'a pas l'air ravie, et iil est amusant de constater que si la légende attribue la construction du vrai Winterfell à des géants, c'est un géant qui vient le démolir.

 Ce géant destructeur est une image qui revient à plusieurs reprises dans la saga, et je vais m'arrêter sur trois d'entre elles en particulier, parce qu'on y retrouve les mêmes rôles, mais distribués à des acteurs différents  et qui ne jouent pas exactement la même partition, malgré un enjeu similaire, à savoir une couronne : 

 

- Il y a d'abord le géant Wun Wun qui a passé le Mur et a été chargé par Jon Snow de protéger Val, la "princesse sauvageonne" que Stannis souhaite voir épouser le prochain suzerain du Nord, afin de sceller l'alliance avec les Sauvageons. Stannis, pour conquérir sa couronne fait dans le Nord la même chose que les Lannister : il a besoin d'un château, d'un mariage, et de la "fondation" d'une dynastie seigneuriale forte. Le château visé par Stannis, c'est Winterfell. Pendant qu'il s'occupe de le reconquérir, il a confié la princesse promise à la garde de Jon Snow, Lord commandant de la Garde de Nuit, la corneille geôlière par excellence. Et Val est logée dans une tour, gardée par un géant.

 Val semble attirée par Jon, qui n'est pas seulement une corneille, mais aussi un loup bâtard, et lorsqu'elle revient se constituer prisonnière après avoir retrouvé le chef Tormund, c'est vêtue d'une peau d'ours blanc avec une broche de barral, et accompagnée de Fantôme. Jon remarque ses yeux bleus et ses joues rougies. On retrouve donc exactement les mêmes thèmes et personnages-types que dans l'épisode du Winterfell de neige, mais éclatés sur tout l'arc narratif de Jon : le château à (re)bâtir (thème multiplié par le soucis qu'a Jon de retaper et regarnir tous les "châteaux" le long du Mur), la princesse ourse qui veut son loup bâtard, les deux étant prisonniers d'une corneille (pour Jon, il s'agit de son serment), les couleurs des barrals et celles des Autres, et enfin un "libérateur" et un géant dont les rôles sont inversés, puisque le "libérateur" est en réalité un prédateur, et le géant un défenseur (du moins selon le point où s'est arrêté le récit).

 En effet, à la fin du tome 5 A Dance with Dragons, un chevalier, Ser Patrek, a visiblement attaqué ce géant en voulant pénétrer la tour de la princesse, et quand Jon arrive sur les lieux, le géant tient Ser Patrek par une jambe et le balance en lui fracassant la tête contre les murs de la tour, comme s'il tenait en main une poupée de chiffon, image présente dans le texte :

 

 Le géant secouait par une jambe un cadavre ensanglanté, de la même façon qu'Arya agitait sa poupée quand elle était petite, la maniant comme un fléau d'armes quand on la menaçait de légumes.

(Jon XIV, tome 5 A Dance with Dragons)

 

  Cette scène se déroule en outre au moment où Jon a décidé de rompre ses voeux et d'aider une autre princesse prisonnière dans une tour (de Winterfell), Jeyne Poole, l'ancienne amie d'enfance de Sansa mariée de force au féroce Ramsay Bolton, et qu'on fait passer pour Arya (Jon croit qu'il s'agit bien d'Arya). Dit autrement, le combat entre le loup bâtard et la corneille se livre également à l'intérieur de Jon, et à cet instant le loup s'est libéré de la corneille pour galoper au secours de sa princesse (reste à savoir lequel a été tué par les conjurés; je penche pour le côté corneille). Pour le détail de plus, Bowen Marsh, un des principaux conjurés, est surnommé à cause de  sa figure toujours rouge la "vieille pomme granate" - "the Old Pomegranate", petit clin d'oeil à la pomme tueuse de Blanche-Neige. 

 La scène de Wun Wun mime donc celle de Robinet défonçant les portes de Winterfell, et Jon/Blanche-Neige mime Sansa voulant l'arrêter, mais le parallèle semble s'arrêter ici, car dans un cas "Blanche-Neige" meurt, et dans l'autre elle détruit son agresseur en lui arrachant la tête, avant que son château-prison-cercueil ne soit détruit.

 Mais Jon étant le Lord commandant de la Garde de Nuit - sa tête, on pourrait voir également cette dernière comme Blanche-Neige ensevelie dans son Mur-cercueil (le serment et la prise de manteau noir sont des symboles de mariage dans la saga, et les frères jurés épousent littéralement "l'esprit de la corneille" en prononçant leurs voeux), qui arrache la tête du "géant" (à un moment Melisandre montre à Jon l'ombre géante qu'il projette sur le Mur, à la lueur de la lune) qui est à la fois sa progéniture, son libérateur et son meurtrier, là où la Garde de Nuit incarne autant la princesse morte que son bâtard mort et la corneille geôlière. La suite des événements à Châteaunoir est encore en suspens, alors que la situation est explosive. Logiquement, une partie des frères jurés et des Sauvageons devraient s'entretuer, et Châteaunoir subir une destruction presque totale, mais il faudra attendre le prochain tome pour le savoir, et GRRMartin sait ménager des surprises. Il me semble en tous les cas que la Garde de Nuit est vouée à la destruction : elle est aussi usée et fragilisée que la poupée élimée jusqu'à la trame de Robinet chéri.

 

- La seconde image que j'évoquerai appartient à l'histoire pré-saga, lorsqu'une bonne quinzaine d'années plus tôt, la Montagne - alias Gregor Clegane, le chevalier géant et frère du Limier - a fracassé contre un mur du Donjon Rouge la tête du petit Aegon Targaryen, le fils de Rhaegar (mort sur le champ de bataille), et a violé sa mère, Elia princesse de Dorne, avant de la tuer elle aussi. 

 Gregor Clegane est l'homme lige de Tywin Lannister : le "monster" manipulé par un "clever man" - un homme futé. 

On retrouve nos mêmes personnages, avec la prise d'un château et d'une couronne à la clé, mais il semble que l'épisode ne se situe pas au même moment que la destruction du château de Sansa, mais avant sa construction, ce qui est marqué par le meurtre des enfants : l'histoire de Gregor serait celle où le géant monstre invoqué va tuer la descendance d'un roi afin que l'homme rusé qui le manipule assure la puissance de son propre lignage. Ensuite Tywin fera de sa fille une reine en la mariant au nouveau roi. Une reine froide et morte pour son époux  : 

 

Oh, Cersei is lovely to look at, truly, but cold … the way she guards her cunt, you'd think she had all the gold of Casterly Rock between her legs !

Oh, Cersei, pour le coup d'oeil, rien à redire, mais pour la chose..., d'un froid ! Rien qu'à la manière dont elle se couve le con, tu jurerais qu'elle y a foutu tout l'or de Castral Roc !

(Robert Baratheon à Eddard, in Eddard VII, tome 1 A Game of Thrones)

 

 L'époux en question devenant progressivement roi fantoche, sa cour envahie de Lannister et lui-même noyé dans ses festins, jusqu'à cette scène rapportée par Jaime, où l'on constate qu'à l'instar de la reine, le roi était symboliquement mort bien avant son ultime partie de chasse : 

 

"(...) Enfin, Cersei se bagarrait, et Robert picolait. Il était minuit passé quand la reine m'a fait mander dans l'appartement. Ivre mort, le roi ronflait, vautré sur les tapis de Myr. (...) J'ai baisé [Cersei] là, sur le lit de Raymun Darry, après avoir enjambé sa royale majesté.

(Jaime IV, tome 4 A Feast for Crows)

 

 La reine et la couronne étaient des cadeaux bien empoisonnés, en somme, mais qui ont fini par se retourner contre le "clever man" qu'était Tywin, obligé de soutenir son petit-fils Joffrey, malgré sa folie patente, et dont le comportement violent avec Sansa provoquera, par effet boule de neige, la chute des Lannister : je veux dire par là que si Sansa n'avait pas confirmé aux oreilles de Margaery Tyrell - nouvelle princesse promise de l'enfant roi Joffrey - et de sa bonne mamie, que Joffrey était un monstre cruel et imprévisible, ce dernier n'aurait probablement pas été assassiné. 

 Joffrey - comme Robinet chéri dans cet épisode précis du château de neige le détruit par ses convulsions - va fragiliser la maison des Lannister par son comportement gratuitement cruel, avant que sa mort ne précipite la chute par l'éclatement de sa cohésion de façade. La mort de Joffrey est d'ailleurs suivie du procès de Tyrion dont la conclusion est une nouvelle tête éclatée par Gregor Clegane, celle d'Oberyn Martell, frère d'Elia. La haine obsessive de Cersei et celle de Tyrion feront le reste.

 Au reste l'empoisonnement de Joffrey et la confusion engendrée permettent la libération de Sansa du Donjon Rouge.

 

 - Enfin, la troisième image de géant fracassant est celle de lord Robert Baratheon (avant qu'il soit roi), en l'honneur duquel Robert Arryn a été nommé, amoureux de sa masse de guerre, celle avec laquelle il a tué Rhaegar : 

 

 Jusqu'au moment où Robert ajusta un coup foudroyant qui pulvérisa le dragon. 

 (Eddard I, tome 1 A Game of Thrones).

 

 Ici le dragon est à la fois le dragon tricéphale en rubis qui ornait l'armure de Rhaegar et Rhaegar lui-même, et c'est la masse de guerre qui remplace la poupée. 

 En creusant cette troisième réminiscence, on constate que dans le présent nous avons une Stark, un Robert et un Littlefinger (non, non, aucun mauvais esprit dans tout ça !) qui s'amusait autrefois à jouer les chevaliers-dragons et les "prince des libellules" avec les petites Tully à Vivesaigues ("libellule" en anglais se dit "dragonfly", et c'était le surnom d'un héritier Targaryen qui avait renoncé au trône après son mariage avec une roturière).

 

She had played at being Jenny that day, had even wound flowers in her hair. And Petyr had pretended to be her Prince of Dragonflies. Catelyn could not have been more than twelve, Petyr just a boy.

Elle avait joué à être Jenny, ce jour-là, s'était même tressé les cheveux de fleurs. Et Petyr avait prétendu être son Prince des Libellules. Elle..., douze ans tout au plus, lui guère qu'un gamin.

(Catelyn V, tome 3 A Storm of Swords)

 

Dans le passé, nous avions un Robert (Baratheon), une Stark (Lyanna) et un Targaryen (Rhaegar). En d'autres termes, Sansa semble rejouer la situation de Lyanna disputée entre deux prétendants, l'un chasseur subtil et l'autre d'une force tout à fait brute. Il est en outre intéressant de signaler que Robert Baratheon est fortement associé à l'été, par son appétit de vie et sa force génésique (il sème littéralement ses bâtards). Cependant ses excès ont leur revers : son pouvoir de procréation n'atteint pas son propre foyer, et sa force se révèle étouffante ou dessèchante pour les autres, c'est-à-dire aussi mortifère qu'un hiver excessif, par exemple :

.Cersei violée et bafouée à sa nuit de noce devient une reine froide.

.Robert déflore une cousine de l'épouse de son frère Stannis, le soir des noces, dans le lit nuptial, et le mariage de Stannis ne donnera qu'un seul fruit malade, la princesse Shôren. Si je ne pense pas qu'il y ait un réel rapport de cause à effet entre ces deux faits, le lien est clairement établi du point de vue symbolique : il s'agit rien de moins d'une castration où l'un s'arroge la puissance de l'autre sans que ça profite à personne, puisqu'au finale l'enfant qui naît risque de mourir sacrifié; le peu d'intérêt que Stannis manifeste pour la sexualité est en outre sa réponse aux excès de son frère aîné. L'hiver rigoureux frère de l'été caniculaire, deux faces d'une même pièce !  

 Cependant, comme pour les deux précédentes réminiscences, si les protagonistes sont les mêmes le moment raconté n'est pas le même. Tuer le "dernier dragon" (aka le prince Rhaegar), qui avait séduit et enlevé sa princesse promise Lyanna, et s'emparer de son trône n'a pas porté chance à Robert, car non seulement Lyanna est morte et l'épouse solaire qui l'a remplacée s'est révélée aussi froide qu'un cadavre, mais en outre il revit en rêve toutes les nuits le moment où il tue son rival. Bien que Robert Baratheon n'ait à première vue aucune des caractéristiques symboliques de la corneille - et que Rhaegar comme dragon ailé à l'armure noire et comme chanteur s'en rapproche davantage - c'est pourtant lui qui subit la "malédiction" et s'émousse au fil du temps, le royaume se délitant dans le même mouvement, ainsi qu'en témoigne la dette colossale de la Couronne, qui a elle aussi sa valeur symbolique, et dont Littlefinger semble le principal artisan en tant que Grand Argentier ! 

 

A man like Petyr Baelish, who had a gift for rubbing two golden dragons together to breed a third, was invaluable to his Hand. Littlefinger's rise had been arrow-swift. Within three years of his coming to court, he was master of coin and a member of the small council, and today the crown's revenues were ten times what they had been under his beleaguered predecessor . . . though the crown's debts had grown vast as well. A master juggler was Petyr Baelish.

Oh, he was clever.

(Tyrion IV, A Clash of Kings)

 

 Autrement dit, les fruits sont volés par le "clever man" qui s'en nourrit et prospère sur des cadavres... comme l'oiseau charognard qu'est la corneille. Après la bataille des rois et la tempête d'épées, corbeaux et corneilles peuvent festoyer. 

 Après sa victoire et l'accession au trône, Robert Baratheon prend comme Main son mentor et protecteur, le père de substitution et vieil oiseau lord Jon Arryn. Si Jon Arryn n'est pas du tout dépeint comme un voleur ni un menteur (il est même l'exact contraire), il porte avec lui une stérilité ("la semence est faible" !) qui contamine tout son entourage proche, à commencer par sa jeune et malheureuse épouse, mère d'un enfant tout chétif après une série de fausses couches. C'est encore lui - il s'y connaît en mariages ! - qui négocie celui de Robert avec Cersei, puis introduit Littlefinger à la cour. 

 

 Cette exploration de trois réminiscences nous a montré la permanence de certains schémas et de personnages-types. Nous avons vu plus haut Robinet-chéri en tant qu'héritier symbolique d'une lignée affaiblie, mais en tant que fiancé de Sansa, il joue également le rôle de l'é poux fantoche, celui qui s'unit à la princesse "morte" en lieu et place du vervoyant (la "corneille"), et se trouve à son tour touché par la "malédiction". 

 Peut-être est-ce une chance pour Tyrion de ne pas avoir touché Sansa.

 

 ~~

 

 

 Notre princesse morte, coincée dans son rêve et hypnotisée par lui, craint qu'il ne soit brisé et défend donc son château. Cependant, loin de réussir, elle précipite la destruction de ce dernier, ce qui ressemble au fonctionnement d' enfant de bohême des prophéties made in GRRMartin : lorsqu'on cherche à les accomplir, elles échappent, mais elles rattrapent ceux qui veulent les éviter. Quant aux ignorants, il se pourrait qu'ils en tirent finalement un bénéfice, même lorsque le prix acquitté paraît très élevé.

 La scène du Winterfell de neige réalise justement la vision que la vieille naine de Noblecoeur avait décrite plus tôt dans la saga aux membres de la Fraternité Sans Bannière : 

 

 "(...)Et après, j'ai rêvé de nouveau de cette fille, tuant un géant féroce dans un château tout bâti en neige."

(Arya VIII, tome 3 A Storm of Swords)

 

Je ne m'arrêterai pas ici sur la vision entière de la Naine - qui à mon sens raconte davantage que la seule anticipation des Noces Pourpres puis l'empoisonnement de Joffrey et Sansa aux Eyrié - mais sur l'image de ce géant décapité qui rappelle une autre vision qu'a Bran dans son coma : 

 

 Des ombres les nimbaient toutes deux [Sansa et Arya]. L'une, d'un noir de cendre, avait l'aspect terrible d'un mufle de chien, l'autre la splendeur d'une armure aussi dorée que le soleil. Au-dessus d'elles s'esquissait un géant de pierre tout armé. Mais lorsqu'il releva sa visière, il se révéla creux, seulement empli de ténèbres et de noire sanie. 

 (Bran III, tome 1 A Game of Thrones)

 

 La "sanie", mélange de pus et de sang, fait écho à ce qui sort de la poupée décapitée : "le rembourrage de sciure et de chiffons ruisselant dans la neige", mais traduit "thick black blood" - "épais sang noir". Le sang noir étant clairement associé au "sang de bâtard" dans la saga, on revient cette idée de la force d'un loup bâtard spoliée et utilisée au profit d'un autre. On trouve une illustration très concrète d'une créature géante fabriquée et utilisée pour sa seule force à travers le personnage de Robert Fort ("Strong" dans la version originale), le défunt Gregor Clegane ayant subi les expérimentations de Qyburn pour le "ressusciter". 

 

 La violente crise de Robinet-chéri après la "mort" de sa poupée-géant anticipe à mon sens un ou plusieurs événements cataclysmiques de la saga. Le premier auquel je pense n'est qu'une possibilité et pourrait être une fausse piste : il s'agit d'une avalanche venant de la Lance du Géant et susceptible de détruire les Eyrié. En effet, il est répété plus d'une fois dans la saga que le château était imprenable... par le bas. Mais la possibilité d'une avalanche a été évoquée dès le tome 1 A Game of Thrones par Catelyn, la mère de Sansa, alors qu'elle faisait l'ascension vers le château des Arryn. Elle a également été évoquée symboliquement à travers le regard de Sansa lors du tournoi de la Main : Gregor Clegane s'abat "comme une avalanche" (la métaphore est dans le texte original) sur le tout nouveau chevalier ser Hugh du Val et lui transperce la gorge de sa lance. Les lunes brodées sur la cape du mort se teintent ensuite une à une du sang qui s'écoule de la plaie. 

 Le second cataclysme auquel je pense est la destruction de Winterfell après la destruction de son arbre-coeur et les "convulsions" du ou des prisonniers de cet arbre-coeur (cela comprend la destruction du Mur après celle du barral de Fort Nox). Je ne m'étends pas sur l'image du barral comme géant, car je crois que sa "décapitation" fait partie des visions de Daenerys à l'Hôtel des Nonmourants, dont j'ai proposé des interprétations dans un article dédié.

 

~~

 

 L'histoire ne s'arrête cependant pas à la destruction du château et à la crise du jeune Robert. C'est mestre Colemon qui le prend en charge, l'apaise et préconise du vinsonge pour qu'il dorme et les sangsues pour lui ôter les mauvaises humeurs du sang. Une mort symbolique, mais sans douleur et dans les rêves, un peu ce qu'on pourrait souhaiter de moins amer pour Bran. Si mon hypothèse sur la destruction de Winterfell est juste, on voudra bien se rappeler qu'à la fin du tome 2 A Clash of Kings, mestre Luwin s'est traîné gravement blessé jusqu'à l'arbre-coeur de Winterfell et qu'il a demandé à la sauvageonne Osha de l'achever au pied de l'arbre. Mestre Luwin ayant étudié la "magie" à la Citadelle des mestres, le choix du barral pour y laisser son sang a peu de chances d'être le fruit du hasard. En revanche, je ne me prononcerai pas sur ce que Luwin a pu savoir exactement : le plus probable à mon sens étant qu'il ait accompli le dernier acte qui lui était possible en pariant sur son utilité post mortem.

 Avant d'être ramené dans sa chambre, Robinet en pleurs a le temps de glisser qu'il déteste "Alayne" et que c'est une bâtarde. Je soupçonne qu'il y a là encore un jeu de GRRMartin avec deux clichés : la vérité qui sort de la bouche des enfants (il l'a déjà utilisé pour révéler à Eddard Stark la bâtardise de Joffrey, Myrcella et Tommen), et les "crises" sont des signes de possession "divine" après lesquelles le possédé délivre une parole levant le voile sur une ou plusieurs vérités taboues. Sansa renvoyée à sa bâtardise par le biais d'Alayne pourrait paradoxalement constituer la première étape pour notre jouvencelle vers une délivrance de la malédiction des Stark, et la sortie de l'enfer glacé et sans repos auquel ils semblent promis après la mort. 

 

 

- CONCLUSION -  

 

 

 Et on l'emporta [Robert Arryn, après sa crise]. Mon seigneur et maître, songea Sansa, les yeux perdus sur les ruines de Winterfell. La neige avait cessé, et il faisait plus froid qu'avant. Lord Robert tremblerait-il tout au long de leur vie conjugale ? se demanda-t-elle. Au moins Joffrey était-il sain de corps... Un fureur folle s'empara d'elle. Elle ramassa une branche brisée et l'asséna en plein sur la tête de la poupée et la laissa choir ensuite sur les décombres de la poterne de son château de neige. Les domestiques prirent des mines consternées mais, en voyant ce qu'elle venait de faire, Littlefinger se mit à rire. "S'il faut en croire les histoires, il n'est pas le premier géant à orner de son chef les murailles de Winterfell. 

 - Contes que cela", fit-elle en le plantant là. 

 

 Rideau. Applaudissements. Et retour dans la loge la chambre, au coin du feu. 

 Cette conclusion de l'épisode est intrigante car l'histoire aurait pu s'achever avant, avec la mort du géant et la destruction du château-tombeau, impliquant la délivrance de la princesse, de son époux, et l'apaisement pour leurs descendants victimes de la même malédiction (souvenons-nous du festin des morts présidé par un homme à tête de loup, dont Daenerys a la vision dans l'Hôtel des Nonmourants). Pourtant, Sansa est prise à son tour d'une crise de fureur qui répond à la crise du petit Robert, saisit la tête de la poupée pour la coller à l'extrémité d'un bâton qu'elle plante à une des portes en ruines de son château (le texte anglais est plus clair que la traduction). 

 Alors qu'elle vient de penser à Joffrey, cette tête sur une poterne est un écho à la tête de son père sur les remparts du Donjon rouge : Sansa se venge de la chute de sa maison et de la destruction de son monde d'enfant qui avait des saveurs de paradis, ce qui sous-tendait son désir de reconstruire Winterfell, fût-ce en neige. J'ai beaucoup insisté dans mon analyse sur une interprétation symbolique, mais il est évident que la première motivation de Sansa pour construire ce château de neige est le désir de retour à la maison. Son écroulement brise l'illusion d'un retour à une enfance heureuse et ses rêves d'un monde de chanson : il montre aussi la fragilité réelle d'un Winterfell comme rêve d'un vervoyant (l'autre mot dans la saga qui désigne le vervoyant est le "rêveur"). Comme le Mur, tenir des siècles voire des millénaires n'est pas un gage d'éternité.

 Il me semble donc très important dans cette séquence que le châtiment "post mortem" infligé au géant soit de la seule initiative de Sansa et qu'elle reproduise là le meurtre de son père : c'est sa première étape pour la gestation d'une femme nouvelle et qui devrait au finale renoncer aux contes, aux chansons, aux histoires. Littlefinger s'en amuse, mais il ne devrait pas. En effet, lui est justement le spécialiste des histoires mensongères, et les bâtons dans le Winterfell de neige ne l'ont pas empêché d'être détruit. D'autre part, si son blason personnel est un oiseau moqueur, celui de sa famille représente le Colosse de Braavos, une statue géante qui sert de porte au port de Braavos, mais aussi de vigie et de défense. Une légende rapportée par Arya raconte qu'il est un géant friand de petites filles. Avec le soin qu'il prend à faire passer Sansa pour sa fille Alayne, Littlefinger devrait se méfier davantage des pions qu'il manipule ou croit manipuler.

 

 En tous les cas, à présent que notre Blanche-Neige est morte et enterrée dans son château de neige et qu'un prétendant est venue l'en tirer à la manière forte, le face à face avec la méchante reine et la danse finale du conte de Grimm peuvent avoir lieu : c'est cette confrontation que nous verrons dans la troisième partie de cette analyse. 

 

 

 



19/04/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 14 autres membres