Sous leTrône de Fer. Petites analyses littéraires

Sous leTrône de Fer. Petites analyses littéraires

Le chemin des morts

 

 

 Le chapitre suivant d'Arya va confirmer ce passage d'un monde à l'autre : la troupe conduite par Yoren remonte la route royale, seule à rebours quand ils croisent littéralement une marrée humaine qui descend vers le sud et Port-Real pour fuir les combats. Leur mort est même prophétisée : 

 

Du bord de la route, un jour, une espèce de démente leur cria : "fous que vous êtes ! Ils vous tueront, vous êtes fous !" D'une maigreur d'épouvantail, elle avait l'oeil creux et les pieds en sang. 

 (Arya II, tome 2 A Clash Of Kings)

 

 On remarquera la présence du sang qui accompagne la prédiction de la vieille folle : dans le chapitre précédent d'Arya, il y a un détail que je n'ai pas encore relevé mais qui a son importance : elle vient de se faire battre par Yoren (qui agit ici en père fouettard et la punit d'avoir elle-même violemment battu un de ses petits camarades de convoi qui lui cherchait noise), et pour soulager la douleur, elle mâche de la surelle qui "fait cracher rouge comme du sang", puis contemple la comète sanglante et rêve d'une vie désormais inaccessible : cependant, le voeu qu'elle formule en pensées va bien se réaliser. L'effet surelle ?  

 

 La vieille femme du bord de la route ressemble à une pythie plus morte que vive : son décharnement l'apparente au bois, la maigreur étant régulièrement dans la saga associée au bois et aux vervoyants liés à leurs barrals; d'autre part, "épouvantail" se dit "scarecrow" en anglais (littéralement "effraye-corneille"), et c'est bien le mot utilisé dans le texte original : la vieille adresse donc très spécifiquement un avertissement à cette troupe de corneilles et futures corneilles. Son "oeil creux" comme si elle était déjà dévorée par les corbeaux renvoie également aux vervoyants et à tout ce qui touche à leur vision à travers leur "troisième oeil" (Brynden Rivers - le vervoyant mentor de Bran - est borgne); quant au sang, il suffira de rappeler que la sève des barrals est rouge comme le sang. Hormis la couleur blanche, tous les ingrédients sont donc présents pour assimiler la vieille femme à une "folle inspirée par les dieux", comme on en rencontre à d'autres occasions. La vieille croasse donc, et la caravane passe : Yoren ne tient pas compte de l'avis, et pour cause, la mort, c'est un peu son domaine.

 D'autre part, "la Garde ne prenant pas parti" et ils ne devraient rien risquer. C'est encore un attribut partagé avec la mort, qui emporte à leur heure tous les hommes sans distinction de rang, de sexe, de religion, etc... De même, à la Garde de Nuit, tous les hommes sont frères et leur ascendance, leur famille appartiennent théoriquement au passé, à leur ancienne vie. "La Garde ne prend pas parti" est donc très logiquement le refrain de Yoren : son immunité diplomatique, qu'il présente à tous ceux qui s'étonnent de voir la troupe remonter vers le Conflans, où se déroule la guerre, et où des bêtes sanguinaires sévissent : à l'auberge où s'arrête la troupe, c'est la première fois qu'est mentionnée une louve gigantesque menant une énorme meute, et qui est probablement Nymeria, la louve d'Arya, qualifiée de "chienne du septième enfer", autrement dit de démon.

 Nymeria, Arya avait été contrainte de l'abandonner après son altercation avec Joffrey (lorsqu'elle avait balancé son épée Dent de Lion dans le Trident et que Nymeria avait mordu le prince) afin de lui éviter d'être abattue par les Lannister en représailles. Davantage qu'un abandon, elle avait dû la chasser à coups de pierres. D'une certaine manière, cela renforce le lien d'Arya avec le monde des morts, puisque c'est un premier démon meneur de "chasses infernales" qu'elle a lâché sur le Conflans. Il semble que les Stark aient de la ressource en matière de démons à lâcher sur le monde.

 

~~

 

 Après la vieille pythie, la troupe croise un marchand sur une "jument grise" qui propose de leur acheter tout leur chargement de vivres et de matériel : le gris est la couleur dominante des Stark, et elle est constamment associée aux fantômes et à l'autre monde; quant à la jument, elle peut à l'occasion être messagère de vie comme de mort : par exemple, la jument argentée de Daenerys symbolise son mariage avec Khal Drogo, mais c'est une "jument pâle" qui amène une très sévère épidémie de dysenterie à Meereen et autour de Meereen. En d'autres termes, le marchand pourrait représenter la mort qui informe la troupe que là où ils vont, ils n'auront pas besoin de biens matériels. En revanche, des pièces pour payer le Nocher, ça peut être utile ! Evidemment, Yoren décline l'offre. Si ce dernier ne semble pas craindre la mort, c'est qu'il en est lui-même un avatar, l'éternel couteau qui ne le quitte jamais, et qui a servi à couper les cheveux d'Arya, remplaçant la faux. 

 

 Après le défilé des vivants en exil et les deux "avertissements divins", commence donc le défilé des tombes : 

 

Le même jour, Arya repérait sa première tombe, un minuscule monticule sur le bas-côté : celle d'un enfant. On avait posé un cristal sur la terre meuble, et Lommy ne s'abstint de le faucher qu'après que Taureau lui eut conseillé de laisser les morts en paix. 

(Arya II,  tome 2 A Clash Of Kings)

 

 Cette tombe peut être interprétée comme une métaphore d'Arya Stark, et au-delà de tous les innocents pris dans les jeux de guerre des adultes : c'est une tombe d'enfant, elle a un cristal et les cristaux sont associés à la religion des Sept, or on a vu plus haut qu'Arya Stark est morte en même temps que son père sur le parvis du Septuaire de Baelor, à Port Real. L'association avec Arya se poursuit avec le geste de Taureau retenant Lommy, en écho au chapitre précédent, lorsque Lommy et Tourte se moquaient d'"Arry l'orphelin" et voulaient lui prendre sa petite épée Aiguille. Taureau était déjà intervenu en leur demandant de "le" laisser tranquille. Lommy paiera d'ailleurs ce double sacrilège d'avoir convoité deux "reliques".

 

 Plus tard, la troupe croise toute une rangée de tombes fraichement creusées - pour la troupe, cette fois ? - puis celles-ci deviennent tellement communes qu'ils ne s'en préoccupent plus, mais ils sont bel et bien entrés sur le territoire de la Mort. 

 Ils perdent alors un des leurs : un certain Praed, qui toussait, et qu'une nuit, Arya n'entend plus tousser car il est mort. C'est un avertissement et un premier tribut.  Un droit de péage, si on veut, et comme ils n'ont pas voulu des pièces du marchand, ils payent en nature. 

La mort a donc pénétré leurs rangs, ce qui ne trouble pas spécialement Yoren, qui ne perd pas le nord et fait partager les possessions de l'homme entre quelques uns de la troupe. Ce Praed, on ne saura rien sur lui, ni son âge, ni ses qualités, à part qu'il toussait et qu'il a signalé la rangée de tombes fraîches au reste du groupe. Mais vu qu'on connait son nom, il n'est plus tout à fait un anonyme et il a droit à son rituel de funérailles improvisé mais tout à fait régulier. 

 

 L'ambivalence de Yoren se précise encore lors de la rencontre à l'auberge avec des Manteaux d'or qui recherchent sur ordre de la reine un certain Gendry, apprenti forgeron. Si aucun personnage ne sait pourquoi Cersei le recherche (Gendry lui-même tombe des nues), le lecteur sait que c'est à cause de sa naissance : il est un fils bâtard du feu roi Robert Baratheon, et ressemble tant à son père quand il était jeune qu'il est à ce titre très dangereux, ne serait-ce que pour appuyer les accusations de bâtardise et de fruit d'un inceste qui commencent à courir sur Joffrey, son frère et sa soeur.

 Outre qu'il est un bâtard de roi, c'est pour lui que Yoren a reçu une bourse.

 

 J'allais partir, tout réglé, les fourgons chargés, et un homme m'amène un gosse, et un' bourse, 'vec du pognon d'dans, et un message qu'on s'fout d'qui. 

 (Arya I, Tome 2 A Clash Of Kings)

 

 Gendry a donc offert son obole à Charon. Ou plutôt, quelqu'un a payé le passage pour lui, pour qu'il disparaisse de la circulation.

 C'est aussi lui qui est surnommé Taureau et qui va développer un véritable lien d'amitié et de complicité avec Arya, en remplacement de Jon Snow, faisant vivre d'une certaine manière le lien quasi fraternel entre Ned Stark et Robert Baratheon au-delà de la mort, lien que Robert avait voulu perpétuer en fiançant son faux fils Joffrey à Sansa Stark. 

 

 A l'occasion de cette rencontre avec les Manteaux d'Or, Yoren protège Gendry et Arya (qui croit qu'on vient pour elle) du manteau noir (de la mort) et entend que la Reine ne se les approprie pas. Pas ceux-là en tous cas, après s'être fait prendre Ned Stark; et les unes après les autres, les recrues alertées rappliquent de leurs diverses occupations et viennent en appui de Yoren faire front et défendre le jeune homme. Les Manteaux d'Or, ne faisant pas le poids devant le nombre, s'en vont mais promettent un retour en force. On retrouvera un écho de cette scène beaucoup plus tard, lorsqu'un autre passeur noir viendra avec une nuée de corbeaux défendre le frère noir Samwell Tarly accompagné d'une jeune femme et de son bébé, contre les cadavres réanimés d'anciens Gardes de Nuit.

 Arrêtons-nous sur cette belle scène de défense collective : là où Yoren avait prévenu Arya de ne surtout pas révéler son identité à la troupe - car il pouvait s'en trouver parmi eux pas mal pour vouloir toucher sa rançon ou la vendre aux Lannister - nous voyons un groupe qui s'engage à défendre un de ses membres sans marchander le bout de gras. Cela a une signification : à défaut d'être parvenu au vrai Mur et d'avoir prononcé leurs voeux, les nouvelles recrues se comportent déjà en frères jurés de la Garde de Nuit et viennent de s'engager en actes plutôt qu'en mots. La défense de Gendry prend donc ici des allures d'intronisation et de prestation de serment : ils défendent l'humanité menacée par des Manteaux d'or qui - à Port Real - n'ont pas hésité à tuer un bébé encore au sein parce qu'il était un autre enfant bâtard du roi.  

 Pour couronner le tout, Yoren étant le chef de la troupe, il occupe la place du lord Commandant et tout au long du périple en joue le rôle : il attribue à chacun les tâches qu'il lui semble le plus à même de remplir en fonction de ses compétences, ceci pour assurer la survie et l'efficacité du groupe. Exactement comme le lord Commandant décide de la répartition des frères jurés dans les différents corps de métier de la Garde, et dans ses forteresses.

 En d'autres termes, les recrues sont déjà symboliquement des frères jurés, et par conséquent des morts en puissance.

Mais poursuivons.

 

~~

 

 Après cette petite victoire, Yoren fait donner à Arya et Gendry les meilleurs chevaux. De la même manière, le passeur noir fait chevaucher à Sam, Vère et son nourrisson sur un orignac géant, après les avoir sauvés, et les conduit jusqu'au Mur; Bran et ses compagnons chevaucheront le même orignac, conduits par le même passeur noir pour se rendre du Mur à la grotte des vervoyants. Arya et Gendry ont pour consigne de filer droit au Mur s'ils aperçoivent des Manteaux d'or. Puis pour bien mettre toutes les chances de leur côté d'échapper aux poursuites, la troupe quitte la route royale, avec l'intention de passer à l'ouest du lac de l'Oeil Dieu, là où ils ne devraient pas être suivis, puisque la route principale passe à l'est. 

Malheureusement, en fait de vitesse, le convoi a considérablement ralenti : 

 

[La voie] avait pour inconvénient de sinuer tel un serpent, tantôt vers l'arrière, tantôt vers l'avant, de s'enchevêtrer avec des sentes plus étroites encore et de sembler parfois s'évaporer, pour ne reparaître qu'une demie lieue plus loin, quand on désespérait de la retrouver. Arya la détestait. Bien que le paysage fût assez plaisant, (...) ce maudit chemin tortillait tellement son exiguïté qu'on n'avançait plus - on rampait !  

(Arya III, tome 2 A Clash Of Kings)

 

Tourner en rond, faire du surplace, se perdre, on le retrouvera quand Arya avec ses compagnons rescapés tourneront aussi en rond dans la région d'Harrenhal, avant d'être capturés par la Montagne. C'est une des spécificités du Conflans que d'empêcher les gens qui y pénètrent d'en sortir, sauf au prix de la mort ou de la trahison. On pourra également remarquer au passage que ce chemin sinueux a des allures de dragon au repos. Ou encore qu'il rappelle les terribles mines qui ont fait la richesse de l'empire de Valyria - l'empire des seigneurs dragons - et ont vu mourir des milliers d'esclaves. De fait, le Conflans a bien été marqué physiquement par un dragon, puisque la démesurée forteresse royale d'Harrenhal a été brûlée par le souffle de Balerion, le dragon d'Aegon le Conquérant, et qu'Harren le Noir et tous ses fils y ont péri. On raconte que leurs fantômes continuent de hanter la tour "Bûcher du Roi". 

C'est aussi dans une auberge du Conflans, au bord d'une sinueuse rivière, que le dernier roi du Nord a fait sa soumission à Aegon le Conquérant en le reconnaissant pour son suzerain et renonçant à sa couronne, afin d'éviter à ses hommes la colère du dragon. 

 

 Cependant, si en passant par l'ouest et en quittant la route royale Yoren sème bien les Manteaux d'Or (qui portaient eux aussi des cottes noires sous leur manteau doré, comme une promesse de mort), il mène sa troupe dans les zones de combats, ou plutôt de pillage, puisque c'est Tywin Lannister qui - depuis Harrenhal où il s'est installé et dont la suzeraine lady Whent a disparu de la circulation sans que personne ne sache ce qu'elle est devenue - lance ses hommes liges les plus violents pour mettre à feu et à sang la région, s'arrogeant ainsi le droit de vie et de mort sur tout ce qui vit, homme ou bête. 

 Comme un premier avertissement, ils aperçoivent une petite troupe de soldats et chevaliers, dont le blason "chat sauvage noir et jaune sur fond ocre" rappelle à la fois les couleurs abâtardies des manteaux d'or, mais aussi celles des Lannister, jaune et ocre figurant l'or et le rouge, et le chat sauvage étant une variation féline sur le lion : les couleurs qu'ils portent les assimilent aux transgressions commises par les Lannister, dont la plus importante est de marcher sur les plates-bandes de la Mort. Le roi Joffrey - pur Lannister, puisqu'issu de l'inceste des jumeaux Cersei et Jaime - en faisant exécuter Eddard Stark, ne fait que porter à son paroxysme la transgression commise par le patriarche Tywin Lannister, avec le pillage du Conflans et l'installation dans la forteresse anciennement royale d'Harrenhal, les deux étant sous suzeraineté Tully.

 

 Mais revenons à la rencontre évitée avec les soldats blessés.

C'est à cette occasion qu'on voit pour la première fois dans le texte Yoren mâcher de la surelle. Il est possible que ce soit aussi la première fois tout court pour lui : en effet, à une autre occasion, on croise un autre personnage qui a l'habitude de mâcher de la surelle, habitude qui lui a donné les dents perpétuellement rouges. Or, si Yoren est sale, hirsute, vieux et puant, jamais il n'est décrit nulle part avec les dents rougies. Il faut donc en conclure le caractère exceptionnel de cette consommation. Peut-être pas une toute première fois dans l'absolu, mais au moins un geste qui n'est pas une habitude régulière. 

 

Yoren se fourra dans la bouche une feuille de surelle et se mit à mâcher. "N'saurait trop dire, avoua-t-il. T'et' un bord, t'êt' l'aut'. S'i sont si mal en point, voudront nos montures, sans s'inquiéter de qui qu'on est. Et t'êt' plus qu'ça. Faut passer au large." Cela les détourna de plusieurs milles et leur fit perdre au moins deux jours, mais le vieux trouva que c'était bon marché. "Pass'rez bien assez d'temps su'l'Mur. L'rest' d'vot' vie, propab'. Pas b'soin qu'on s'dépêch' d'arriver, j'dis."

 (Arya III, tome 2 A Clash Of Kings)

 

"Valar morghulis", tous les hommes doivent mourir, comme on dit en valyrien !

 

 Les feuilles de surelle que Yoren mâche font référence à la pythie qui mâchait ses feuilles de laurier avant de rendre ses oracles, mais pas seulement : dans le cadre de la saga, ce qui est important, c'est l'effet de cette mastication, qui rougit la bouche et les dents comme du sang, et le sang (ou la sève) est la matière première de ce qu'on appelle la magie. D'autre part, la bouche rouge comme sang est la caractéristique des barrals consacrés : les barrals sont les arbres "immortels" et imputrescibles de Westeros ; ils sont blancs comme le bois flotté, leur sève a l'apparence du sang et ils sont liés au culte des Anciens dieux (qu'on les considère comme les anciens dieux eux-même, ou comme le moyen de communiquer avec eux). Ceux qui sont consacrés ont des faces sculptées sur leur tronc, et leur bouche et leurs yeux ont donc toujours l'air ensanglantés. Leurs  racines plongeant loin dans la terre, ils sont liés aux morts et à la mémoire de Westeros. 

 Noter que Yoren mâche de la surelle n'est donc pas simplement une manière d'exprimer l'inquiétude du personnage et son besoin de se concentrer pour prendre rapidement une décision qui engage la survie du groupe qu'il mène - ainsi que le ressent Arya - mais c'est également attribuer au "mâcheur" une parole d'origine "divine". Yoren est un passeur d'âmes et un passeur de mots. 

 Ici, il se passe deux jours entre le moment où Yoren mâche sa surelle et celui où il dit qu'ils auront bien assez de temps pour arriver à destination, mais c'est la proximité immédiate dans le texte qu'il faut retenir, et la relation de cause à effet : il mâche la surelle, il réfléchit, prend une décision et la conclusion vient, une fois l'action accomplie (en l'occurrence le détour), le tout en un petit paragraphe. 

 Yoren est là dans son rôle de corbeau messager : il rend un oracle à sa manière en disant à toute sa petite troupe qu'ils arriveront bien assez tôt au terme de leur vie. Et comme les mots prononcés ne sont jamais du vent, contrairement à ce que prétendent les personnages - ou plus justement, le vent est le langage des "dieux" - on peut légitimement en attendre les effets.

 

 

Article suivant

 

 

 

Retour à l’index

 



20/04/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 34 autres membres